Un tribunal fédéral américain a bloqué, mercredi, l’application des sanctions économiques imposées par le gouvernement Trump à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU. Le juge Richard Leon a estimé que sa famille avait de fortes chances de l’emporter dans son recours fondé sur le Premier amendement, protégeant la liberté d’expression.
Dans son arrêt, le magistrat a souligné qu’Albanese n’avait fait que s’exprimer : « Elle n’a rien fait d’autre que parler ! Il est indéniable que ses recommandations n’ont aucun effet contraignant sur les actions de la Cour pénale internationale — ce ne sont que son opinion », a-t-il écrit. Le juge a également relevé que les accusations de « soutien au terrorisme » et d’« antisémitisme non voilé », avancées par le secrétaire d’État Marco Rubio pour justifier les sanctions, visaient en réalité à punir un simple discours.
Ces sanctions, prononcées en vertu de l’Executive Order 14203, interdisaient toute coopération avec la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, notamment en raison de ses enquêtes sur les militaires israéliens et américains. Albanese et son mari, Massimiliano Cali, économiste à la Banque mondiale, en ont subi des conséquences immédiates : comptes bancaires gelés, logement saisi à Washington, et annulation de leur assurance santé. Même son université, Georgetown, a fermé son adresse email professionnelle au motif qu’elle était « interdite par la loi fédérale ».
À l’étranger, les répercussions ont été tout aussi lourdes. En Italie, son pays d’origine, des hôtels ont refusé de l’héberger par crainte des représailles du Trésor américain. Les banques étrangères ont également bloqué ses transactions financières. Ces mesures ont transformé sa vie en « montagnes russes », selon ses propres mots.
Albanese, rapporteuse spéciale pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, est connue pour son rapport controversé appelant à poursuivre les dirigeants d’entreprises impliquées dans le conflit israélo-palestinien. Pourtant, son rôle se limite à des recommandations : elle n’a aucun pouvoir décisionnel au sein de l’ONU. Le gouvernement Trump avait justifié les sanctions en affirmant que l’Executive Order 14203 visait des « actes » et non des discours. Le juge Leon a balayé cet argument, rappelant qu’Albanese était sanctionnée pour avoir « communiqué un message » avec lequel les autorités étaient en désaccord.