Un nouveau visage de l'extrême droite américaine, connu pour ses propos racistes et ses provocations en ligne, est désormais au cœur d'une affaire judiciaire après une fusillade survenue mercredi dans la banlieue de Clarksville, dans le Tennessee.
Dalton Eatherly, 28 ans, alias « Chud the Builder », a été inculpé pour tentative de meurtre après avoir tiré sur un homme, puis sur lui-même lors d'une altercation. Selon les autorités locales, l'incident aurait éclaté après que la victime a frappé Eatherly. Ce dernier aurait ensuite sorti une arme à feu, blessant légèrement l'autre personne et se tirant une balle au pied. Les deux hommes ont survécu.
Un personnage controversé et une stratégie de provocation calculée
Eatherly, un ouvrier du bâtiment portant souvent un chapeau de cow-boy, s'est fait connaître en diffusant des vidéos où il utilise des insultes raciales, notamment le mot en « n », et des propos dégradants envers les personnes noires. Il se présente comme un « défenseur de la liberté d'expression » en revendiquant le droit pour les Blancs d'utiliser ce terme, une rhétorique qui a rapidement attiré l'attention des médias d'extrême droite.
Son contenu, souvent partagé sous forme de clips sur les réseaux sociaux, a été relayé par des comptes comme InfoWars et des émissions en ligne liées au mouvement des Proud Boys. Ces vidéos, qui attirent des millions de vues, ont également suscité des réactions violentes, certains internautes appelant à son élimination physique.
« Quelqu’un va peut-être devoir le faire. »
— DJ Akademiks, podcasteur hip-hop, évoquant la possibilité d’assassiner Eatherly.
Une économie de l'attention qui alimente la radicalisation
Le parcours d'Eatherly illustre un phénomène inquiétant : la monétisation des contenus extrêmes sur internet. Grâce à des campagnes de financement participatif et à la vente de cryptomonnaies comme « $CHUD », il a amassé plus de 65 000 dollars. Son audience, bien que minoritaire, est suffisamment engagée pour générer des revenus substantiels.
Les spécialistes des médias sociaux soulignent que sa stratégie repose sur un cycle de provocation et de réaction : plus ses propos sont choquants, plus les réactions violentes ou médiatiques qu'il suscite amplifient sa visibilité. Ce mécanisme, typique des plateformes comme X (ex-Twitter) ou YouTube, favorise les contenus polarisants au détriment des discours modérés.
« Tout le monde savait que ça finirait mal », a réagi Asmongold, un streamer populaire, après la fusillade. « C’est une énorme perte d’aura pour l’extrême droite. »
Un phénomène qui dépasse les frontières numériques
L’affaire Eatherly soulève des questions sur la responsabilité des plateformes en ligne et des médias dans la diffusion de contenus haineux. Son cas n’est pas isolé : plusieurs figures de l’extrême droite, comme Nick Fuentes ou Andrew Tate, ont bâti leur notoriété sur des propos controversés avant d’être associées à des actes de violence.
Alors que les autorités américaines tentent de réguler les discours de haine en ligne, des voix s’élèvent pour dénoncer l’impunité dont bénéficient ces influenceurs. Certains estiment que les algorithmes des réseaux sociaux, conçus pour maximiser l’engagement, jouent un rôle clé dans la radicalisation des individus.
Pour les observateurs, l’histoire d’Eatherly est un avertissement : dans un paysage médiatique où la provocation paie, les conséquences peuvent être tragiques.