La Cour suprême, un verrou contre l’action politique démocrate

En 2024, alors que la campagne présidentielle battait son plein, les médias politiques relayaient les efforts de la vice-présidente Kamala Harris pour s’éloigner de certaines propositions politiques audacieuses qu’elle avait précédemment défendues. Une stratégie perçue comme un revirement par une partie de la gauche. Pourtant, cette tactique n’avait rien de nouveau pour les candidats démocrates à la présidence. Le vrai problème, bien plus profond, résidait ailleurs : sans le soutien de la Cour suprême, aucune de ces propositions, qu’elles soient ambitieuses ou modestes, ne pourrait voir le jour.

Le bloc conservateur, à travers des manœuvres que l’on peut qualifier sans indulgence de malhonnêtes, a verrouillé le paysage politique américain pour les années à venir. Les juges de la Cour suprême disposent désormais d’un pouvoir de veto sur toute législation ou décret présidentiel qui ne leur convient pas. Pire encore, ils s’attaquent désormais au pouvoir électoral des électeurs démocrates. Cette situation constitue une crise existentielle pour le parti, et chaque candidat démocrate en campagne pour un mandat fédéral doit y répondre.

Un défi qui s’impose à tous les démocrates

Alors que les élections de mi-mandat approchent, puis la présidentielle, il est impératif pour les démocrates d’expliquer comment ils comptent affronter ce défi. Plus précisément : comment réformer la Cour suprême ? Car son fonctionnement actuel est intenable.

Le président de la Cour suprême, John Roberts, tente de minimiser les critiques en affirmant que l’institution est mal comprise. Cette semaine, il a déploré l’opinion publique défavorable à l’égard de la Cour, déclarant :

« Je pense que les gens nous voient comme de véritables acteurs politiques, ce qui, à mon sens, ne reflète pas la réalité de notre travail. »

Pourtant, comme l’a souligné Matt Ford dans The New Republic, il est difficile d’imaginer une Cour suprême composée de juges ouvertement partisans agir différemment de celle-ci. Chaque décision récente semble en effet guidée par un objectif clair : délégitimer et éliminer la concurrence politique du Parti républicain.

Les décisions de la Cour suprême qui affaiblissent les démocrates

La Cour Roberts a déjà démantelé le Parti démocrate à plusieurs reprises. En 2024, dans l’affaire Loper Bright Enterprises v. Raimondo, elle a invalidé la doctrine de la déférence de Chevron. Cette doctrine permettait à l’exécutif de mettre en œuvre les lois votées par le Congrès de manière autonome et réactive. Son abolition donne désormais à la Cour suprême un pouvoir sans précédent pour bloquer les actions de l’État fédéral, un outil essentiel pour un parti qui mise sur l’action gouvernementale plutôt que sur son démantèlement.

Mais les interventions de la Cour suprême en faveur des républicains vont bien au-delà. L’adoption récente de la « doctrine des grandes questions » ajoute une couche supplémentaire d’arbitraire à son pouvoir. Cette doctrine, récemment inventée, permet à la Cour de bloquer toute régulation majeure en invoquant des arguments juridiques flous, renforçant ainsi son emprise sur le paysage politique américain.

Une réforme indispensable pour l’avenir du parti

Face à cette situation, les candidats démocrates ne peuvent plus ignorer la question. La Cour suprême, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, représente un obstacle majeur à toute ambition politique progressiste. Sans une réforme structurelle, le parti risque de voir ses projets systématiquement bloqués, ses électeurs marginalisés et sa capacité à gouverner réduite à néant.

Les élections à venir, qu’elles soient de mi-mandat ou présidentielles, doivent donc être l’occasion pour les démocrates de proposer des solutions concrètes. Comment élargir la Cour ? Comment limiter le pouvoir des juges ? Comment garantir une représentation équilibrée ? Autant de questions qui, si elles ne reçoivent pas de réponses claires, pourraient condamner le parti à une impuissance politique prolongée.