Un revirement surprenant

Cette semaine s'est avérée désastreuse pour les défenseurs de la liberté d'expression qui voyaient en Donald Trump leur champion. Martin Gurri, chroniqueur au New York Post et à The Free Press, avait salué en janvier 2025 le retour de Trump à la présidence comme un symbole de « parole libérée et sans crainte ». Pourtant, l'administration Trump multiplie aujourd'hui les tentatives de censure.

Jimmy Kimmel dans le collimateur

Lors du dîner de la White House Correspondents' Association en avril 2025, Jimmy Kimmel avait plaisanté sur Melania Trump, évoquant un « éclat comme une veuve en attente ». Aucune réaction n'avait été enregistrée à l'époque. Mais après l'attentat lors de cet événement, certains ont interprété cette blague comme un appel au meurtre, bien qu'elle visait en réalité une critique humoristique de la Première dame. Melania et Donald Trump ont publiquement exigé le licenciement de Kimmel.

Le président Trump a réitéré cette demande sur X (ex-Twitter), relayée par le compte officiel de la Maison Blanche. Pire encore, la FCC (Commission fédérale des communications) a lancé un examen anticipé des licences de diffusion d'ABC, une décision qui pourrait s'apparenter à une mesure de rétorsion.

Un précédent inquiétant

Cette initiative rappelle les menaces proférées par le commissaire de la FCC, Brendan Carr, qui avait promis de révoquer les licences des chaînes jugées trop critiques envers Trump. Il s'était félicité d'avoir « gagné » contre les « fake news media », citant le départ de plusieurs animateurs de talk-shows.

James Comey poursuivi pour une photo de coquillages

Dans un second volet de cette offensive contre les discours indésirables, l'ancien directeur du FBI, James Comey, a été inculpé pour une publication vieille de près d'un an. Il avait partagé sur les réseaux sociaux une photo de coquillages disposés en forme de « 86 47 », interprétée comme une menace envers Trump. Pourtant, « 86 » est avant tout un terme de restauration signifiant « exclure » ou « annuler », et des blagues similaires, y compris des t-shirts vendus en ligne, avaient circulé sous l'administration Biden. Même Jonathan Turley, connu pour ses critiques envers Comey, a reconnu que cette affaire échouait au test du Premier Amendement.

Où sont passés les opposants à la cancel culture ?

Les défenseurs de la liberté d'expression, autrefois prompts à dénoncer la censure, semblent aujourd'hui approuver ces mesures. Michael Knowles, du Daily Wire, avait tweeté en 2019 : « Les humoristes ne devraient pas perdre leur emploi pour des blagues, et les professeurs ne devraient pas être licenciés pour leurs idées. » Pourtant, il n'a pas réagi publiquement à la tentative de faire licencier Kimmel.

De même, Kennedy, commentatrice libertarienne de Fox News, a qualifié les propos de Kimmel d'« incendiaires » et suggéré qu'ABC devrait « se demander pourquoi elle paie un animateur aussi clivant et peu drôle ».

Une contradiction flagrante

Ces événements illustrent un paradoxe : ceux qui dénonçaient autrefois la censure institutionnelle appliquent aujourd'hui les mêmes méthodes qu'ils condamnaient. Entre pressions politiques et poursuites judiciaires, la liberté d'expression semble désormais sélective.

Source : The Bulwark