La gouverneure de Virginie, Abigail Spanberger, a remporté haut la main l’élection au poste de gouverneur en novembre dernier avec une promesse claire : réduire les coûts élevés de l’électricité pour les ménages. Pourtant, le 1er mars dernier, elle a signé un projet de loi réintégrant le Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI), un programme de tarification du carbone pour les utilities électriques du Nord-Est et du Mid-Atlantic des États-Unis.

Ce choix semble paradoxal : le RGGI, souvent qualifié de « cap-and-trade », fixe un plafond aux émissions de CO₂ des centrales électriques et impose aux entreprises de payer pour chaque tonne émise en dessous de ce seuil. Ces coûts sont ensuite répercutés sur les consommateurs, ce qui a valu au programme des critiques, notamment de la part des démocrates soucieux de maîtriser l’inflation.

Pourtant, les partisans du RGGI estiment que ce mécanisme pourrait protéger les ménages virginien·ne·s des surcoûts liés à l’explosion des data centers dans l’État. La Virginie abrite en effet la plus grande concentration mondiale de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, ce qui met à rude épreuve le réseau électrique local.

Les recettes générées par la vente de permis d’émission pourraient, à terme, réduire les factures d’énergie et accélérer la transition des utilities virginiennes vers des énergies moins polluantes.

« Bien sûr, le RGGI impose des coûts aux consommateurs, car il internalise les externalités négatives de la pollution, explique William Shobe, architecte du programme RGGI et professeur émérite de politiques publiques à l’Université de Virginie. Mais il est essentiel de concevoir une politique environnementale qui ne soit pas régressive. Si elle est bien conçue, elle peut devenir un outil pour redistribuer les coûts imposés par les data centers. »

Les dix États membres du RGGI s’engagent à réduire progressivement le plafond d’émissions, incitant ainsi les utilities à adopter davantage d’énergies renouvelables, comme le solaire ou l’éolien. Depuis son lancement en 2009, le programme a permis de réduire les émissions globales des utilities, notamment en remplaçant le charbon par le gaz naturel.

En Virginie, plus de la moitié des ménages dépendent de Dominion, le géant local du secteur. Dans le passé, Dominion a répercuté les coûts du RGGI via une surtaxe mensuelle d’environ 5 dollars par foyer. Certains observateurs craignent que cette pratique ne se reproduise, mais les partisans du programme soulignent que les recettes pourraient aussi servir à subventionner les factures des ménages modestes.

Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large : plusieurs États, comme la Californie ou New York, réévaluent leurs mécanismes de tarification carbone pour concilier transition écologique et pouvoir d’achat. La Virginie mise ainsi sur une approche équilibrée pour concilier croissance économique et protection de l’environnement.

Source : Grist