Des chiffres contradictoires
Donald Trump a affirmé en janvier que les frappes militaires américaines contre des bateaux suspects de transporter de la drogue en provenance d’Amérique du Sud avaient réduit de 97 % l’entrée de stupéfiants par voie maritime aux États-Unis. Pourtant, ces déclarations sont démenties par les propres chiffres du Pentagone.
Rear Admiral William Baumgartner, ancien commandant du Seventh Coast Guard District, a expliqué à The Intercept que cette affirmation était « fausse et contredite par les déclarations de l’administration elle-même ». Selon les données officielles, la réduction réelle du trafic de drogue par voie maritime n’est que de 20 % dans les Caraïbes et de 25 % dans l’océan Pacifique.
Des preuves d’un trafic toujours actif
Malgré les frappes, le trafic de drogue ne semble pas avoir été stoppé. En mars, le Pentagone a reconnu une baisse de seulement 20 % des mouvements de navires suspects, tandis que les saisies de cocaïne par la Garde côtière américaine ont atteint des records ces derniers mois. En février, 1,2 tonne de cocaïne, d’une valeur de 19,3 millions de dollars, a été saisie dans les Caraïbes et le Pacifique.
Baumgartner a souligné que ce montant correspond à un prix de gros de 16 500 dollars le kilogramme, bien inférieur à ce que l’on pourrait attendre en cas d’une réduction de 97 % du trafic. « Cela ne reflète pas l’augmentation massive des prix que l’on observerait si le flux avait vraiment diminué de 97 % », a-t-il déclaré.
Des affirmations sans fondement sur les vies sauvées
Donald Trump a également prétendu que chaque bateau coulé sauvait 25 000 vies. Une affirmation qualifiée d’absurde par Baumgartner : « Cela signifierait que chaque bateau transportait plus de vies que le nombre total de décès par overdose aux États-Unis. »
Par ailleurs, le Pentagone a confirmé que les bateaux ciblés ne transportaient pas de fentanyl, contrairement aux allégations de l’administration. « Ils ont donné des raisons alambiquées pour justifier l’impact sur le fentanyl, mais je n’y ai pas cru », a déclaré la représentante Sara Jacobs, membre du House Armed Services Committee.
Les statistiques montrent par ailleurs que 99 % des drogues entrant aux États-Unis passent par les ports légaux, transportées par des citoyens ou résidents américains.
Une stratégie inefficace
Les frappes militaires contre les bateaux suspects se sont intensifiées ces derniers mois, avec huit frappes en seize jours en février, dont cinq en cinq jours. Pourtant, ces opérations n’ont pas eu d’effet dissuasif notable sur les trafiquants, qui continuent d’opérer dans la région.
Les experts s’interrogent sur la pertinence de cette stratégie, alors que les saisies record de drogue suggèrent que le trafic reste florissant. « Il est difficile de comprendre comment on peut tirer des conclusions sur la réduction du trafic ou des overdoses en se basant sur des faits aussi contradictoires », a conclu Baumgartner.