Un mélange déroutant de match-3 et de narration
AP Thomson présente Titanium Court comme « un jeu de stratégie surréaliste pour clowns et criminels ». Pourtant, cette description ne révèle pas toute la complexité de l’expérience. Contrairement aux titres classiques de match-3 comme Puzzle Quest ou Might & Magic : Clash of Heroes, conçus pour apaiser l’anxiété, Titanium Court joue avec les nerfs du joueur.
Deux phases de jeu distinctes
Le gameplay s’articule autour de deux phases principales. La première consiste à assembler des tuiles de terrain pour collecter des ressources et façonner la carte. Cette étape, si elle n’est pas contrainte par un objectif précis, offre une satisfaction similaire aux jeux de puzzle traditionnels. La seconde phase, un auto-battler, introduit une tension subtile : le joueur espère que sa stratégie fonctionnera, sans pouvoir intervenir directement. Si cette mécanique n’est pas insupportable, elle rompt avec l’immersion apaisante des jeux de match-3 classiques.
Une esthétique pixel art audacieuse
Dès les premières minutes, Titanium Court impose son style visuel. Son pixel art, limité à une palette de couleurs restreinte, séduit par son originalité et son charme décalé. Les illustrations, volontairement excentriques, renforcent l’ambiance onirique du jeu. Les combats restent lisibles, mais le reste du jeu assume un minimalisme assumé, sans fioritures superflues.
Côté sonore, la bande-son, bien que techniquement basique, remplit parfaitement son rôle. Contrairement à la plupart des jeux de puzzle que l’on joue en fond sonore, Titanium Court a su capter l’attention, poussant même à augmenter le volume pour ne rien manquer.
Une narration avant tout, un gameplay au service de l’histoire
Contrairement à des titres comme Blue Prince ou Inscryption, où stratégie et récit s’équilibrent, Titanium Court place la narration au premier plan. Le gameplay, bien que présent, sert avant tout à soutenir l’histoire. Il faut aimer lire pour apprécier pleinement cette expérience. Certes, il est possible de sauter la majorité des dialogues et de se concentrer uniquement sur les puzzles, mais cela reviendrait à passer à côté de l’essence même du jeu.
Un univers surréaliste et déstabilisant
Le terme « surréaliste » est souvent galvaudé dans le milieu du jeu vidéo, employé pour qualifier des univers simplement « un peu bizarres ». Dans Titanium Court, il prend tout son sens. Le jeu défie toute logique linéaire, et ses dialogues, truffés de jeux de mots et de doubles sens, mènent à des conclusions aussi absurdes qu’inattendues. Toute tentative d’analogie ou de raisonnement poussé se heurte à un mur : le jeu refuse de se plier à la rationalité.
Les interactions, bien que oniriques, aboutissent rarement à des résolutions claires. Le jeu propose des sauvegardes automatiques fréquentes, permettant de faire des pauses à tout moment. Cependant, il aurait été judicieux d’indiquer plus clairement les points de rupture narratifs pour éviter une frustration liée à l’oubli des fils conducteurs.
Une expérience unique, mais exigeante
Titanium Court est une œuvre à part, loin des conventions du genre. Son mélange de match-3, de stratégie et de narration expérimentale en fait une expérience unique, mais pas toujours accessible. Les joueurs en quête de clarté ou de gameplay traditionnel pourraient être déroutés. En revanche, ceux qui recherchent une aventure déstabilisante, où l’absurde et l’onirisme priment, y trouveront une proposition rafraîchissante et mémorable.
« Titanium Court n’est pas un jeu comme les autres. C’est une plongée dans un univers où la logique n’a pas sa place, et où chaque détail compte, même s’il semble incompréhensible. »