Tor Myhren n’aimera probablement pas cet article. Pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il parle de lui, et non de toute l’équipe qui fait la magie du marketing chez Apple. Pourtant, son parcours mérite d’être raconté : une décennie à la tête de l’un des services marketing les plus scrutés au monde, au sein de l’entreprise la plus valorisée de la planète.
Depuis 2016, Myhren supervise la communication marketing d’Apple, une marque synonyme de prestige, d’innovation et de succès commercial. Pourtant, son mandat n’a pas été un long fleuve tranquille. Retour sur les moments clés, les défis et les leçons tirées d’une carrière hors norme.
Le pire moment : l’échec de la publicité « Crush »
Tout a commencé par une idée ambitieuse. En 2024, alors que Myhren et son équipe préparaient le lancement de l’iPad Pro, l’un des produits les plus fins et puissants jamais créés par Apple, une obsession s’est imposée : « minceur ». « Tout ce que je voyais, c’était *mince, mince, mince* », confie-t-il.
Le résultat ? Une publicité intitulée « Crush », diffusée en mai 2024. Le spot montrait une pile d’outils créatifs – instruments de musique, pinceaux, caméras, un mannequin de mode, un bureau d’écrivain – compressés dans une machine industrielle, au rythme mélancolique de la chanson All I Ever Need Is You de Sonny Bono. L’objectif ? Illustrer la finesse extrême de l’iPad Pro.
Mais le message a été mal interprété. Le public y a vu une menace : l’IA et les nouvelles technologies allaient-elles remplacer les professionnels de la création ? La vidéo est devenue virale, et pas pour les bonnes raisons. En moins de 48 heures, Apple a dû retirer la publicité et présenter des excuses publiques.
« Quand le monde voit autre chose que ce que nous avions imaginé, il est impossible d’effacer cette image. » — Tor Myhren
Un échec cuisant pour une marque habituée à l’excellence en communication. Pourtant, Myhren n’a pas cédé à la panique. Il a réuni son équipe à Menlo Park, et même les équipes internationales en visioconférence, pour un discours sans ambiguïté : « Ce n’est pas la fin du monde. Et surtout, ce n’est pas la fin de l’expérimentation créative chez Apple. »
Son message était clair : Apple ne doit pas avoir peur de prendre des risques. « Si nous commençons à jouer avec la peur ou à adoucir notre marketing, c’est la marque qui en pâtira », avait-il déclaré.
Une décennie de défis et de succès
Quand Tor Myhren a pris ses fonctions en 2016, Apple valait environ 540 milliards de dollars. Aujourd’hui, la société dépasse les 3 000 milliards, malgré les turbulences économiques et les critiques. Son secret ? Une approche marketing audacieuse, mais toujours alignée sur les valeurs de la marque : simplicité, innovation et émotion.
Sous sa direction, Apple a lancé des campagnes mémorables, comme celles mettant en avant l’iPhone 12 avec ses publicités minimalistes ou les annonces pour l’Apple Watch, soulignant son impact sur la santé et le bien-être. Mais Myhren sait aussi que le succès ne se décrète pas. Il repose sur une équipe soudée, une vision claire et la capacité à rebondir après les échecs.
« Le marketing chez Apple, ce n’est pas juste vendre des produits. C’est raconter une histoire, créer un lien émotionnel avec les utilisateurs », explique-t-il. Une philosophie qui a permis à la marque de rester au sommet, malgré les défis et les controverses.
L’héritage de Myhren : une marque intouchable
Alors que les entreprises technologiques rivalisent pour capter l’attention des consommateurs, Apple continue de se démarquer. Et Tor Myhren en est l’un des artisans. Son parcours montre qu’une marque peut être à la fois solide et audacieuse, capable de reconnaître ses erreurs tout en maintenant une excellence inégalée.
Pour lui, le plus important reste la cohérence. « Une marque comme Apple ne peut pas se permettre de changer de direction à chaque tendance. Nous devons rester fidèles à nos valeurs, tout en innovant sans cesse. »
Une leçon qui dépasse le simple cadre du marketing : dans un monde en constante évolution, la constance et l’audace sont les clés du succès.