Sanctions contre trois médecins après des décès évitables
Le Texas Medical Board a sanctionné trois médecins dont les patientes sont décédées après avoir reçu des soins retardés ou inappropriés dans le cadre de complications liées à la grossesse. Ces décisions font suite à une enquête de ProPublica, qui avait révélé des lacunes dans la prise en charge médicale sous l’effet des lois restrictives sur l’avortement dans l’État.
Cas de négligence médicale
Deux des médecins sanctionnés n’ont pas réagi à temps face à une adolescente enceinte présentant des complications mettant sa vie en danger, malgré ses multiples demandes d’aide. Le troisième médecin n’a pas réalisé un curetage utérin pour une patiente faisant une fausse couche, entraînant son décès par hémorragie.
Ces décès s’inscrivent dans une série de cas analysés par ProPublica, qui a documenté six morts évitables en trois ans dans plusieurs États, dont le Texas. Les enquêtes ont révélé que les lois anti-avortement influencent la manière dont les médecins et les hôpitaux gèrent les complications obstétricales.
Crainte des poursuites et report des soins
De nombreux médecins reportent les interventions médicales nécessaires par crainte de poursuites pénales ou de sanctions professionnelles. Certains attendent que le fœtus ne montre plus d’activité cardiaque ou que le cas entre dans une exception légale très étroite avant d’agir. Des avocats et des médecins s’interrogent sur le rôle des conseils médicaux, qui n’ont pas toujours guidé les praticiens sur la manière de concilier soins médicaux et contraintes légales.
Interrogé en 2024 par ProPublica sur les recours possibles pour les patientes refusant un traitement nécessaire, le président du Texas Medical Board avait répondu que le conseil n’avait pas de pouvoir sur le droit pénal, mais que les patientes pouvaient déposer une plainte ou « voter avec leurs pieds » en consultant un autre médecin.
Réactions et mesures récentes
Depuis, le Texas Medical Board a pris des mesures plus strictes que d’autres États. En 2025, il a publié des directives détaillées, incluant des études de cas, pour aider les médecins à pratiquer des avortements légaux dans certaines situations médicales. Ces mesures font suite à l’adoption de la Life of the Mother Act, une loi visant à assouplir légèrement les restrictions sur l’avortement pour prévenir d’autres décès maternels.
En Géorgie, où Amber Thurman est décédée après un retard de 20 heures pour vider son utérus infecté, aucune mesure similaire n’a été prise, et les médecins impliqués n’ont pas été sanctionnés.
L’impact des sanctions médicales
Les experts en soins maternels estiment que les médecins continueront à hésiter à prodiguer des soins standard tant que les lois anti-avortement comportent des risques pénaux élevés. Au Texas, un médecin peut écoper de jusqu’à 99 ans de prison en vertu de ces lois.
Cependant, les sanctions imposées par les conseils médicaux pourraient servir de levier pour encourager les hôpitaux et les médecins à respecter les normes médicales, malgré l’incertitude juridique. Michelle Maloney, avocate représentant les familles des deux patientes texanes dans des poursuites pour faute médicale, a salué les récentes actions du conseil :
« Au cours de ma carrière, j’ai été confrontée à de nombreux cas de décès horribles. Qu’un médecin soit sanctionné par le conseil médical, surtout en pleine procédure judiciaire, est extrêmement rare. »
Contexte et enjeux
Ces sanctions surviennent alors que les lois restrictives sur l’avortement continuent de peser sur les soins médicaux aux États-Unis. Les professionnels de santé soulignent que l’ambiguïté des textes législatifs et les craintes de poursuites freinent l’accès à des soins vitaux pour les femmes enceintes.
Les familles des victimes espèrent que ces mesures inciteront les établissements médicaux à revoir leurs protocoles pour éviter de nouvelles tragédies.