Deux programmes opposés pour éduquer les juges
Depuis des mois, des élus et militants conservateurs attaquent le Climate Judiciary Project, un programme visant à former les juges à la science climatique. Ils l’accusent de conspirer pour influencer les décisions fédérales et favoriser des verdicts contre l’industrie pétrolière.
Parallèlement, un autre programme, soutenu par les géants des énergies fossiles et les conservateurs pro-marché, organise un symposium à Nashville pour 150 juges. Porté par l’Antonin Scalia Law School de l’université George Mason, ce projet met l’accent sur les intérêts économiques américains et questionne la légitimité des preuves climatiques.
Ces initiatives surviennent alors que des procès majeurs, visant à tenir les compagnies pétrolières responsables des dommages climatiques, progressent dans les tribunaux. En parallèle, les attaques contre les politiques climatiques et leurs fondements juridiques se multiplient.
Une offensive législative et judiciaire
En avril, ProPublica révélait que des militants proches de l’activiste conservateur Leonard Leo coordonnaient une campagne dans 11 États pour faire adopter des lois protégeant les entreprises fossiles de toute responsabilité climatique. Ces dernières semaines, des projets de loi similaires ont été déposés au Congrès.
La semaine dernière, le bureau du procureur général de Floride a lancé une enquête sur d’éventuelles pressions exercées sur des juges par l’Environmental Law Institute, l’organisme gérant le Climate Judiciary Project. Ce groupe, à l’origine non partisan, a récemment perdu le financement de l’Environmental Protection Agency.
La science climatique sous le feu des conservateurs
Fin 2023, une campagne a tenté de faire retirer un chapitre de 90 pages sur la science climatique d’un manuel technique destiné aux juges fédéraux. Vingt-deux procureurs généraux républicains ont écrit au représentant Jim Jordan, président républicain de la commission judiciaire de la Chambre, pour dénoncer un prétendu biais des auteurs du chapitre. Ceux-ci travaillent pour le Sabin Center for Climate Change Law de l’université Columbia et collaborent avec le cabinet Sher Edling, qui représente plusieurs plaignants dans des affaires climatiques.
Les procureurs ont également souligné les liens entre le Sabin Center, l’Environmental Law Institute et le Climate Judiciary Project. Pourtant, le chapitre avait été validé par le Federal Judicial Center et les Académies nationales des sciences. Malgré cela, le centre a finalement retiré le texte en février.
Le 28 avril, Jim Jordan a franchi une étape supplémentaire en accusant le directeur du Sabin Center, Michael Burger, ainsi que l’Environmental Law Institute et Sher Edling de partialité, de conspiration et de collusion. Il a exigé la transmission de leurs échanges privés, de leurs reçus et de leurs sources de financement, ainsi que leur comparution devant la commission.
Contexte : une guerre juridique autour du climat
- Les procès climatiques contre les majors pétrolières se multiplient aux États-Unis.
- Les conservateurs accusent les programmes de formation judiciaire d’être biaisés.
- L’industrie fossile finance des initiatives pour promouvoir une vision pro-business.
- Les attaques contre les preuves scientifiques du changement climatique s’intensifient.
« Ces deux programmes illustrent la polarisation croissante autour de la justice climatique aux États-Unis. Alors que certains cherchent à éduquer les juges sur les enjeux scientifiques, d’autres s’efforcent de discréditer ces mêmes preuves pour protéger les intérêts économiques. »