Un juge de la Cour suprême de Manhattan, Judy Kim, a rendu une décision le 17 avril dernier dans l'affaire opposant Rodney's Comedy Club à Chanel Omari. Le jugement, rendu public il y a quelques jours sur Westlaw, rejette la demande du club de comédie visant à obtenir une injonction contre les publications de la défenderesse sur les réseaux sociaux.
Une injonction jugée anticonstitutionnelle
La demande du club consistait à empêcher Chanel Omari de publier tout contenu sur les réseaux sociaux mentionnant, suggérant ou visant Rodney's Comedy Club ou ses employés, ainsi qu'à exiger la suppression de tous les messages déjà publiés. Le juge Kim a estimé que cette demande portait atteinte au Premier Amendement, garantissant la liberté d'expression.
Dans son jugement, le tribunal rappelle que les restrictions préalables à la liberté d'expression sont les atteintes les plus graves et les moins acceptables aux droits constitutionnels. Toute mesure de ce type est présumée inconstitutionnelle, sauf si le demandeur démontre que les propos en cause présentent un danger clair et immédiat de provoquer un préjudice grave. Or, selon le juge, Rodney's Comedy Club n'a pas réussi à apporter cette preuve.
Le tribunal précise que la loi autorise uniquement la restriction de propos exprimant une menace directe de violence illégale envers une personne ou un groupe. Les allégations de harcèlement, de racisme ou de sexisme formulées par Chanel Omari ne répondent pas à ce critère strict.
Le contexte de l'affaire
Chanel Omari, une humoriste, aurait été recalée lors d'une audition au Rodney's Comedy Club en 2025. Depuis, elle publie sur les réseaux sociaux des accusations selon lesquelles l'établissement et son directeur, Mark Lawrence, toléreraient des comportements de harcèlement, de discrimination et d'abus envers les comédiennes.
Dans un message publié le 7 février 2026, elle écrit notamment :
« Rodney's Comedy Club, dirigé par Mark Lawrence, est un lieu où les humoristes féminines sont harcelées, intimidées et maltraitées par lui et son équipe (Reggie, Crystal, Andrew, Allen et Mark). Soyez prudents si vous y performez. Ils font actuellement face à des poursuites pour diffamation et abus – sexuel, physique, émotionnel et mental. Personne ne devrait subir ce genre de comportement. Chaque comédien mérite un espace sûr pour se produire sans crainte, et il est temps que ces abuseurs soient tenus pour responsables. »
Le club a engagé des poursuites pour diffamation, mais le juge a souligné que cette décision ne portait que sur la demande d'injonction, sans trancher sur la véracité des allégations.
Un précédent juridique
Le tribunal s'appuie sur l'arrêt Brummer v. Wey (2018), rendu par la Cour d'appel de New York, qui confirme que les injonctions antérieures à un procès pour diffamation sont généralement considérées comme des restrictions préalables anticonstitutionnelles. Le juge cite également des travaux académiques, dont un article rédigé par des professeurs de droit, pour étayer sa décision.
Une affaire qui soulève des questions sur la liberté d'expression
Cette décision rappelle que, même dans des contextes de conflits personnels ou professionnels, les restrictions à la liberté d'expression doivent respecter des critères stricts. Les tribunaux américains accordent une grande importance à ce principe, surtout lorsque les propos en cause relèvent du débat public ou de revendications sociales.