WASHINGTON — L’Inflation Reduction Act (IRA), adopté il y a quelques années et salué comme la première loi climatique complète des États-Unis, a subi des revers significatifs. Une partie de ses mesures phares, comme les crédits d’impôt pour les énergies solaires et éoliennes ou les aides à l’achat de véhicules électriques, ont été abrogées l’an dernier dans le cadre du One Big Beautiful Bill Act, une loi fiscale et budgétaire promue par l’administration Trump.

Les crédits d’impôt pour les projets solaires et éoliens, initialement prévus jusqu’aux années 2030, ont été supprimés. Il en va de même pour les incitations financières destinées à encourager l’achat de voitures électriques, une mesure particulièrement pertinente dans le contexte actuel de transition énergétique. En revanche, certains dispositifs ont été préservés, comme les subventions pour la construction de batteries à grande échelle, le nucléaire ou la géothermie améliorée, ainsi que les aides aux constructeurs automobiles pour la production de batteries.

Pourtant, près d’un an après l’adoption de cette nouvelle législation, ses effets concrets sur le système énergétique américain restent incertains. Les développeurs de projets solaires et éoliens disposent encore d’un délai jusqu’en juillet 2025 pour démarrer leurs chantiers et bénéficier des anciens crédits d’impôt de l’IRA.

Une étude récente publiée dans la revue Nature Reviews Clean Technology apporte un premier éclairage sur les conséquences potentielles de ces deux lois combinées. Les chercheurs ont évalué leur impact sur le mix énergétique des États-Unis et sur les émissions de CO₂ du pays. Deux co-auteurs de cette étude, John Bistline et Ryna Cui, ont accepté de partager leurs analyses avec Shift Key, le podcast de Heatmap News.

Les enseignements de l’étude sur l’IRA et l’OBBBA

John Bistline, responsable scientifique chez Watershed, une startup spécialisée dans les technologies climatiques, a précédemment travaillé au sein du groupe d’analyse des systèmes énergétiques et climatiques de l’Electric Power Research Institute (EPRI). Ryna Cui, professeure associée à l’Université du Maryland, dirige également le Centre pour la durabilité mondiale de cette institution.

Lors d’un entretien avec Shift Key, les deux experts ont discuté des prévisions des modélisateurs concernant l’IRA, de l’évolution des émissions de gaz à effet de serre malgré l’abrogation partielle de la loi, et des interactions entre les deux textes législatifs.

Un impact encore difficile à mesurer

« Nous ne connaissons pas encore les effets définitifs de l’OBBBA sur le système énergétique américain », a déclaré Robinson Meyer, rédacteur en chef exécutif de Heatmap News et animateur du podcast. « Cette loi a été adoptée il y a moins d’un an, et les projets solaires et éoliens peuvent encore bénéficier des anciens crédits d’impôt de l’IRA jusqu’en juillet 2025. »

L’étude publiée dans Nature Reviews Clean Technology offre une première analyse des conséquences potentielles de ces deux lois. Les chercheurs ont modélisé leur impact sur le mix énergétique et les émissions de carbone des États-Unis, en tenant compte des mesures préservées et de celles qui ont été supprimées.

Parmi les dispositifs maintenus figurent les subventions pour les batteries à grande échelle, le nucléaire et la géothermie améliorée, ainsi que les aides aux constructeurs automobiles pour la production de batteries. Ces mesures pourraient atténuer partiellement l’impact de l’abrogation des crédits d’impôt pour les énergies renouvelables.

Les défis de la transition énergétique

Les experts soulignent que, malgré les revirements législatifs, les émissions de CO₂ aux États-Unis devraient continuer à diminuer, mais à un rythme moins soutenu. « Les politiques climatiques restent un enjeu complexe, surtout lorsque les législations sont modifiées ou abrogées », a expliqué Ryna Cui. « Cependant, certaines technologies, comme le nucléaire ou les batteries, bénéficient encore de soutiens financiers, ce qui pourrait compenser partiellement la perte des crédits d’impôt pour les énergies renouvelables. »

John Bistline a ajouté : « Les modélisateurs ont fait des prévisions sur l’impact de l’IRA, mais l’abrogation partielle de ses mesures complique ces estimations. Nous devons désormais évaluer comment les deux lois interagissent et quels seront leurs effets combinés sur le système énergétique. »

Cette étude marque une étape importante dans la compréhension des conséquences des politiques climatiques aux États-Unis. Alors que le pays continue de naviguer entre avancées et reculs législatifs, les chercheurs et les décideurs devront travailler ensemble pour garantir une transition énergétique efficace et durable.