Une étude récente de l’Université de Yale met en lumière une augmentation préoccupante des troubles cognitifs chez les jeunes adultes américains. Selon le professeur de neurologie Adam de Havenon, les difficultés de mémoire et de concentration touchent désormais près de 10 % des 18-34 ans, soit presque le double qu’il y a dix ans.
Une hausse inquiétante des troubles cognitifs auto-déclarés
Les données, issues d’une analyse portant sur 4,5 millions d’adultes sur une décennie, révèlent une progression marquée chez les jeunes : le taux de troubles cognitifs auto-déclarés est passé de 5,1 % en 2013 à 9,7 % en 2023. À titre de comparaison, l’augmentation globale chez les adultes toutes tranches d’âge confondues est bien moins marquée, passant de 5,3 % à 7,4 % sur la même période.
Ces chiffres, bien que préoccupants, ne signifient pas pour autant l’émergence d’une épidémie de démence. Comme l’explique de Havenon :
« Ce n’est pas un diagnostic de démence ni même de déclin cognitif objectif. Il s’agit de déclarations subjectives de personnes affirmant avoir des difficultés sérieuses à se concentrer, mémoriser ou prendre des décisions. »
Contrairement à la démence, qui implique des lésions cérébrales structurelles et une pathologie identifiable, ces résultats reflètent une perception personnelle des troubles. Cependant, l’étude souligne la nécessité d’approfondir les recherches, car les conséquences futures sur la santé publique et le marché du travail pourraient être majeures.
Des facteurs socio-économiques et technologiques en cause
L’étude de Yale révèle également un lien entre les troubles cognitifs et les conditions socio-économiques des participants. Cela suggère que les difficultés pourraient s’étendre, notamment chez les jeunes adultes, et que des facteurs sociaux et structurels jouent un rôle clé.
Cette hypothèse est étayée par d’autres travaux, comme ceux du neuroscientifique Jared Cooney Horvath, qui a témoigné devant le Comité du Sénat américain en mars 2024. Selon lui,
« Au cours des vingt dernières années, le développement cognitif des enfants dans les pays développés a stagné, voire régressé dans de nombreux domaines. »
Horvath attribue cette situation à des politiques publiques qui favorisent massivement l’adoption du numérique sans exiger de preuves d’efficacité, de protection de la vie privée ou de garanties développementales. Résultat : malgré un accès sans précédent à l’information, la Génération Z est la première à obtenir des résultats inférieurs à ceux des générations précédentes aux tests standardisés.
Un système éducatif en question
Depuis deux décennies, les gouvernements américains ont massivement investi dans l’équipement des élèves en ordinateurs et tablettes, transformant les salles de classe en environnements 100 % numériques. Pourtant, cette transition n’a pas été accompagnée d’études approfondies sur ses impacts à long terme.
Les conséquences sont déjà visibles : baisse des performances scolaires, difficultés de concentration et augmentation des troubles cognitifs auto-déclarés. Pour Horvath, la solution passe par une réforme des politiques éducatives, intégrant des garde-fous pour protéger le développement cognitif des jeunes.
Quels sont les risques à long terme ?
Si ces troubles ne correspondent pas encore à une démence avérée, leur persistance pourrait avoir des répercussions économiques et sociales majeures. Une étude publiée dans Frontiers in Neurology estime que la démence a coûté 1 300 milliards de dollars à l’économie mondiale en 2019.
Les chercheurs appellent donc à une mobilisation rapide pour :
- Identifier les causes profondes : lien entre usage intensif du numérique, stress socio-économique et déclin cognitif ;
- Développer des interventions ciblées : programmes de remédiation cognitive, outils de gestion du stress, ou encore approches anti-inflammatoires ;
- Sensibiliser les jeunes et les familles aux bonnes pratiques numériques et aux signes avant-coureurs de troubles cognitifs.
Comme le souligne de Havenon,
« Ces résultats doivent nous alerter sans pour autant nous alarmer. Ils soulignent l’urgence d’agir avant que ces tendances ne deviennent irréversibles. »