Le centre de détention d’immigrés controversé en Floride, surnommé « Alligator Alcatraz » en raison de sa localisation dans les Everglades, pourrait bientôt fermer ses portes. Le gouverneur Ron DeSantis a confirmé cette possibilité lors d’une déclaration jeudi, quelques heures après la publication d’un article du New York Times évoquant des discussions préliminaires entre responsables fédéraux et étatiques sur sa fermeture.

Ce centre de détention, érigé à la hâte par l’administration DeSantis l’été dernier, avait été conçu comme une solution temporaire pour répondre à la demande accrue de l’administration Trump en matière de détention d’immigrés en attente de déportation. « Cela va multiplier nos forces, et nous sommes ravis de collaborer avec le gouvernement fédéral pour répondre au mandat du président Trump », avait déclaré DeSantis à l’époque.

Selon ses propos, près de 22 000 immigrants y ont été détenus avant d’être déportés. « Je n’ai aucun doute que cela a rendu la Floride plus sûre », a-t-il affirmé. « Nous avons agi là où aucun autre État ne l’a fait, et nous avons apporté une aide majeure. » Il a également précisé que le centre était toujours destiné à être temporaire : « Si nous éteignons les lumières demain, nous pourrons dire qu’il a rempli sa mission. »

Des conditions de détention et un impact environnemental décriés

Depuis son ouverture, le centre a fait l’objet de vives critiques. Les conditions de vie des détenus, l’impact environnemental sur les Everglades et son emplacement sur des terres sacrées pour les peuples autochtones ont été pointés du doigt. En avril, des rapports ont révélé des infestations de moustiques, des inondations, des soins médicaux insuffisants, une nourriture de mauvaise qualité et un accès limité à l’eau potable.

Le mois dernier, deux sénateurs américains ont lancé une enquête sur les allégations d’abus, dont l’utilisation de « la boîte », une pratique consistant à enchaîner des détenus dans de petites cages exposées en plein soleil pendant des heures. Un porte-parole de la Division de gestion des urgences de Floride, qui supervise le centre, a qualifié ces accusations de « fausses ».

Violences et recours juridiques

Récemment, des avocats représentant des détenus ont porté plainte après que des gardiens auraient agressé et aspergé de gaz poivré des manifestants, à la suite de la coupure des téléphones. Cette situation est survenue moins d’une semaine après qu’un juge fédéral ait ordonné l’élargissement de l’accès aux services juridiques sur place.

Le centre est également au cœur de plusieurs poursuites, dont une engagée par des groupes écologistes. Ces derniers dénoncent l’absence d’étude d’impact environnemental et de consultation publique avant sa construction, en violation de la loi sur la politique environnementale nationale (NEPA). Les autorités de Floride et de l’administration Trump ont rétorqué que la NEPA ne s’appliquait qu’aux agences fédérales, arguant que le centre était géré et financé par l’État, qui y a déjà consacré au moins 390 millions de dollars.

Le mois dernier, une cour d’appel a statué en faveur du maintien du centre en activité. Les trois juges ont entendu les arguments oraux dans cette affaire, mais aucune décision définitive n’a encore été rendue sur le fond.

« Alligator Alcatraz est devenu le symbole de la politique migratoire répressive de l’administration Trump, mais aussi des manquements en matière de droits humains et de protection de l’environnement. Sa fermeture, si elle se concrétise, marquerait un tournant. »