L’essor fulgurant des centres de données exerce une pression croissante sur les comtés, villes et communes, déclenchant des conflits autour des nuisances sonores. Pourtant, le sujet le plus épineux que les élus locaux doivent désormais affronter est celui qu’ils ne peuvent même pas entendre : un grondement sourd à basse fréquence, appelé infrasons.
L’infrasons désigne des vibrations si basses qu’elles échappent à l’audition humaine. Ces ondes, comparables à celles produites par les séismes ou les éruptions volcaniques, peuvent provenir de sources variées : explosions, changements minimes de pression atmosphérique autour des systèmes de climatisation ou des réfrigérateurs, ou encore des ondes émises par un bang sonique.
Les centres de données, équipés de milliers de serveurs et de systèmes de refroidissement puissants, génèrent d’importants flux d’air et des vibrations mécaniques. Lorsqu’ils sont couplés à des générateurs électriques sur site, comme des turbines à gaz, ces installations pourraient, selon certains, produire des infrasons en quantité significative.
La polémique autour de cette question a pris de l’ampleur grâce à une vidéo virale de l’ingénieur du son et chercheur Benn Jordan, visionnée plus d’un million de fois sur YouTube. Dans ce film, il affirme que certains centres de données fonctionneraient comme des « armes acoustiques » grâce à l’infrasons, mettant en danger la santé des riverains.
Cette thèse a été vivement contestée par Andy Masley, un écrivain spécialisé dans l’altruisme efficace, déclenchant un débat en ligne qui a propulsé le sujet dans l’espace public. Pourtant, la discussion reste complexe et souvent teintée de scepticisme, notamment en raison de l’absence de consensus scientifique sur les risques réels pour la santé.
Le débat sur l’infrasons rappelle étrangement une autre controverse de l’ère électrique : celle des champs électromagnétiques (CEM). Historiquement, les promoteurs de lignes à haute tension ou de projets solaires ont dû faire face à des craintes infondées concernant des radiations invisibles et nocives. En 2024, un partisan de RFK Jr. s’est ainsi illustré en menant la résistance contre une ligne électrique offshore dans le New Jersey, invoquant des risques liés aux émissions électriques.
Cette méfiance envers les technologies invisibles a récemment poussé le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux des États-Unis à demander au Bureau du chirurgien général d’étudier les nuisances sonores et les radiations électromagnétiques émises par les centres de données. Son objectif : fournir des données fiables pour éclairer l’opinion publique.
Bien que des études aient documenté des effets neurologiques graves liés à certaines expositions, les preuves concernant spécifiquement l’infrasons restent insuffisantes. Les recherches en cours pourraient, à terme, apporter des réponses plus claires sur ce phénomène encore mal compris.