Le 8 mars 2024, le FBI a mené une perquisition dans le bureau de Louise Lucas, présidente pro tempore du Sénat de Virginie et l’une des figures démocrates les plus influentes de l’État. L’opération, survenue à Portsmouth, a été couverte en direct par un journaliste de Fox News, présent sur les lieux de manière apparemment fortuite. Une coïncidence pour le moins suspecte.
Âgée de 82 ans, Louise Lucas est une personnalité politique majeure en Virginie. Elle a joué un rôle clé dans l’adoption d’une nouvelle carte électorale avantageant les démocrates, en représailles aux manipulations républicaines dans d’autres États. Connue pour son franc-parler sur les réseaux sociaux, elle n’hésite pas à railler ses adversaires politiques. Après l’adoption de la carte électorale, elle avait même partagé une image générée par IA montrant des élus républicains travaillant dans un fast-food.
Une enquête de trois ans, mais des soupçons de manipulation politique
Selon les informations de Carol Leonnig, journaliste pour MS NOW, le ministère de la Justice enquête depuis trois ans sur des allégations selon lesquelles Louise Lucas aurait sollicité ou accepté des pots-de-vin. Cette enquête, lancée sous la présidence de Joe Biden, semble donc légitime.
Cependant, d’autres éléments laissent planer des doutes sur la neutralité de cette procédure. Lindsey Halligan, une ancienne avocate en assurance que Donald Trump avait tenté d’imposer comme procureure fédérale en Virginie, aurait fait pression sur les enquêteurs pour qu’ils inculpent Lucas avant les élections de mi-mandat. Selon les rapports, Halligan estimait que cette affaire pourrait être « bénéfique » pour la Maison-Blanche, en permettant d’accuser un démocrate influent de corruption avant le scrutin.
Halligan, déjà impliquée dans les échecs des poursuites contre James Comey, ancien directeur du FBI, et Letitia James, procureure générale de New York, aurait agi sous les ordres de Trump. En septembre 2023, ce dernier avait explicitement demandé à l’ancienne procureure générale Pam Bondi de cibler Comey et James, qu’il accuse d’avoir mené des enquêtes à son encontre par le passé.
Le ministère de la Justice a depuis inculpé Comey une seconde fois, l’accusant d’avoir menacé Trump en arrangeant des coquillages pour former le message « 86 47 », interprété comme une menace de mort.
Une fuite au ministère de la Justice ?
La présence d’un journaliste de Fox News lors de la perquisition soulève une question cruciale : comment ce média a-t-il pu être informé à l’avance de l’opération ? Une telle fuite suggère une possible implication d’un membre du ministère de la Justice, ce qui serait contraire aux règles éthiques régissant les procureurs.
Comme l’avait rappelé Merrick Garland, alors procureur général, en 2022 après une perquisition chez Trump en Floride : « Nous communiquons uniquement par le biais des actes judiciaires et des poursuites engagées. » Les règles déontologiques interdisent en effet aux procureurs de faire des déclarations publiques pouvant influencer l’opinion sur un accusé.
En politisant ainsi l’enquête contre Louise Lucas, le ministère de la Justice risque de compromettre la neutralité du procès et de biaiser le jury. Une pratique qui rappelle les dérives observées sous l’ère Trump, où la justice a souvent été instrumentalisée à des fins politiques.
« Les procureurs ne doivent pas utiliser leur position pour influencer l’opinion publique ou favoriser des intérêts partisans. »
Merrick Garland, ancien procureur général des États-Unis