Des règles environnementales contestées et des ambitions démesurées
La diffusion, ce week-end, de mémos internes de la Cour suprême a relancé les débats autour du Clean Power Plan, sans pour autant que les analyses ne replacent ces documents dans leur contexte juridique et politique. En tant qu'expert en droit administratif et environnemental, il est essentiel de rappeler les enjeux qui entouraient ces décisions.
Sous l'administration Obama, après l'échec du Congrès à adopter une loi sur le climat, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a tenté de contourner ce blocage en s'appuyant sur le Clean Air Act. Son initiative la plus marquante, les règles de timing et de sur-mesure, visait à réécrire les seuils d'émissions de gaz à effet de serre, tout en cherchant à rendre ces modifications immunes à tout recours judiciaire.
Cette stratégie a partiellement fonctionné devant la cour d'appel du district de Columbia, mais a été largement rejetée par la Cour suprême dans l'arrêt UARG v. EPA. Un an plus tard, la Cour a également invalidé les règles sur les émissions de mercure dans l'arrêt Michigan v. EPA. Pourtant, des responsables de l'EPA ont affirmé que la simple menace de régulation avait suffi à inciter les entreprises à se conformer, malgré le rejet judiciaire de ces règles.
L'EPA et la menace de régulations illégales
Comme le souligne le Chief Justice dans l'un des mémos rendus publics, des responsables de l'EPA se vantaient d'avoir imposé des coûts de conformité de plusieurs milliards de dollars en brandissant la menace de règles illégales. Le Chief Justice a également noté que ces mêmes responsables laissaient entendre qu'ils pourraient réitérer cette stratégie avec le Clean Power Plan.
« Les responsables de l'EPA reconnaissaient ouvertement avoir imposé des milliards de dollars de coûts de conformité en menaçant d'appliquer des règles illégales. »
Contrairement à ce que certains commentateurs affirment, ces éléments figuraient explicitement dans les plaidoiries présentées à la Cour suprême, sans nécessiter de recourir à des informations extérieures au dossier.
Un contexte juridique sans précédent
Les demandes de suspension du Clean Power Plan adressées à la Cour suprême étaient inédites, tout comme le contexte qui les entourait. Comme je l'avais souligné à l'époque, cette situation méritait une attention particulière.
Le Administrative Procedure Act (APA) et le Clean Air Act prévoient explicitement la possibilité de suspendre des règles nouvellement finalisées. Selon l'APA, la plupart des règles majeures ne peuvent entrer en vigueur qu'au moins 60 jours après leur publication au Federal Register. De plus, l'article 705 permet aux tribunaux de reporter l'application des régulations « pour préserver le statu quo ou les droits en attendant la conclusion des procédures d'examen ».
Dans ce cas précis, les pétitionnaires, représentant 27 États ainsi que de nombreuses entreprises, associations professionnelles et syndicats, ont déposé leur demande de suspension dans les deux semaines suivant la publication de la règle. L'objectif était de préserver le statu quo et d'éviter des investissements précautionneux en matière de conformité.
Une situation distincte des autres recours contre l'exécutif
Cette configuration, où une règle finale peut être contestée avant son entrée en vigueur, diffère significativement des autres recours contre les actions de l'exécutif actuellement en cours devant les tribunaux. Comme l'explique Taraleigh Davis sur SCOTUSBlog, ces mémos apportent un éclairage supplémentaire sur ce que révèlent — ou ne révèlent pas — ces documents.
En résumé, les mémos internes de la Cour suprême mettent en lumière les ambitions de l'EPA et les risques juridiques pris dans le cadre du Clean Power Plan, dans un contexte où le Congrès n'a pas réussi à adopter de législation climatique.