Le mifepristone, l’un des deux médicaments composant le protocole standard de l’avortement médicamenteux, est de nouveau sous le feu des projecteurs devant la Cour suprême américaine. Une décision récente de la Cour d’appel du cinquième circuit a bloqué, vendredi dernier, une règle de la Food and Drug Administration (FDA) autorisant la prescription de ce médicament par téléconsultation. Une manœuvre qualifiée de stratégie de confusion et de panique par les défenseurs des droits reproductifs.
Le lundi suivant, le juge Samuel Alito, connu pour son conservatisme et auteur de l’arrêt Dobbs qui a renversé Roe v. Wade en 2022, a suspendu temporairement cette décision jusqu’au 11 mai. Une trêve bienvenue, mais qui ne garantit en rien l’accès futur à ce médicament sûr et efficace, utilisé par des centaines de milliers de femmes chaque année depuis l’invalidation de Roe v. Wade. Aux États-Unis, près de deux tiers des avortements sont désormais réalisés par voie médicamenteuse, dont 30 % par téléconsultation.
Face à cette menace, les militants pro-choix se préparent à une éventuelle restriction du mifepristone. Leur solution ? Le misoprostol, le second médicament du protocole standard, mais aussi un abortif efficace utilisé seul dans de nombreux pays. Caitlin Gerdts, vice-présidente de la recherche à Ibis Reproductive Health, explique : « Dans l’utérus, cela provoque des crampes et l’expulsion du contenu utérin. »
Le misoprostol, développé dans les années 1970 pour protéger la muqueuse gastrique, est également utilisé pour induire le travail, gérer les fausses couches ou traiter les hémorragies post-partum. Disponible sans ordonnance dans de nombreux pays, il est devenu la méthode privilégiée dans les régions où l’avortement est fortement restreint. Aux États-Unis, en cas de restriction du mifepristone, son usage en solo pourrait se généraliser.
Les opposants à l’avortement ont d’ores et déjà réagi : en Louisiane, une loi de 2024 a reclassé les deux médicaments comme substances contrôlées dangereuses. D’autres États devraient suivre. De leur côté, les défenseurs du droit à l’avortement accélèrent la formation des professionnels de santé, sensibilisent les patientes aux effets secondaires plus marqués et renforcent les réseaux d’aide juridique et médicale pour éviter les risques.
« Malgré les preuves solides de l’efficacité du misoprostol, de nombreux cliniciens ignorent comment l’interpréter », souligne Gerdts. Face à un environnement de recherche de plus en plus hostile, Ibis Reproductive Health a lancé des essais cliniques aux États-Unis pour comparer l’efficacité du protocole à deux médicaments avec celle du misoprostol seul – une première dans le pays.