La réglementation du mifépristone, médicament utilisé pour les interruptions volontaires de grossesse, reste au cœur d’un bras de fer judiciaire aux États-Unis. Après une décision de la Cour suprême en 2023, qui avait bloqué une annulation de l’approbation de la FDA, l’affaire a refait surface devant les tribunaux. Cette fois, c’est la Cour d’appel du 5e circuit qui s’est prononcée, en suspendant une règle de la FDA autorisant la prescription de mifépristone sans consultation en présentiel, via téléconsultation.
Dans l’affaire Louisiana v. FDA, la cour a statué à l’unanimité en faveur d’un sursis, estimant que l’État de Louisiane avait de fortes chances de démontrer sa recevabilité pour contester la décision de l’agence fédérale. Selon les juges, la règle de la FDA, qui facilite l’accès au médicament par téléconsultation, serait « arbitraire et capricieuse ». Cette suspension s’appuie sur l’article 705 de l’Administrative Procedure Act (APA), qui permet aux tribunaux de bloquer temporairement une réglementation contestée.
Des arguments juridiques controversés
L’un des aspects les plus marquants de cette décision réside dans l’acceptation par la cour des arguments de la Louisiane concernant sa recevabilité (standing). L’État affirme subir un préjudice souverain, car la disponibilité du mifépristone par téléconsultation faciliterait le contournement des lois restrictives locales sur l’avortement. Il invoque également un préjudice financier, arguant que les complications médicales liées à l’usage du médicament entraînent des coûts pour les finances publiques de l’État.
Ces arguments, bien que plausibles en apparence, soulèvent des questions juridiques complexes. La cour a semble-t-il validé l’idée qu’un État peut contester une réglementation fédérale au motif qu’elle faciliterait des infractions à ses propres lois. Une interprétation qui pourrait ouvrir la voie à des revendications similaires de la part d’autres États, comme la Californie contestant la régulation des armes à feu ou de la pseudoéphédrine au Texas.
Quant au préjudice financier, bien que reconnu comme une blessure juridiquement recevable, son lien direct avec la décision de la FDA reste flou. La Louisiane cite deux cas où des femmes traitées pour des complications liées au mifépristone, obtenu hors de l’État, ont engendré des dépenses pour les finances publiques. Cependant, il n’est pas établi que ces complications soient directement imputables à la règle de la FDA.
Un précédent aux répercussions incertaines
Cette décision intervient dans un contexte où l’accès au mifépristone, déjà restreint dans de nombreux États, pourrait être encore limité. Les fabricants du médicament ont déjà saisi la Cour suprême pour obtenir une suspension d’urgence, mais l’affaire reste en suspens. Les défenseurs du droit à l’avortement craignent que cette jurisprudence ne serve de précédent pour d’autres restrictions, tandis que les opposants y voient une victoire pour la souveraineté des États dans la régulation des pratiques médicales.
Les prochaines étapes judiciaires seront déterminantes pour l’avenir de l’accès au mifépristone aux États-Unis. La question de la recevabilité des États à contester des décisions fédérales, ainsi que la portée des arguments financiers, pourraient redéfinir les équilibres entre pouvoir fédéral et souveraineté locale.