Un héritage toxique de plus d’un siècle

Omaha, dans le Nebraska, est connue pour son passé industriel lourd. Pendant plus d’un siècle, les fumées d’une fonderie de plomb et d’autres usines ont répandu 400 millions de livres de plomb toxique dans l’est de la ville. Cette pollution a conduit l’Agence de protection de l’environnement (EPA) à classer, en 2003, 27 miles carrés en zone Superfund – le plus grand site résidentiel de dépollution au plomb du pays.

Depuis, les autorités ont creusé et remplacé la terre contaminée dans près de 14 000 cours, soit environ un tiers des propriétés résidentielles concernées. Pourtant, malgré ces efforts, la majorité des enfants d’Omaha ne sont pas systématiquement testés pour le plomb.

Des tests inégaux, des conséquences graves

Belinda Daniels a découvert que son fils Jovanni, alors âgé d’un an, avait un taux élevé de plomb dans le sang en 2018. Le pédiatre lui avait averti que ce métal pouvait entraîner des retards mentaux irréversibles. Grâce à un dépistage précoce, elle a pu agir : déménagement, nettoyage rigoureux et précautions quotidiennes ont permis de réduire le taux de plomb dans le sang de l’enfant. Aujourd’hui, Jovanni, 8 ans, présente des troubles du comportement, mais sa mère estime que la situation aurait pu être bien pire.

« On m’a dit que les effets secondaires pourraient être l’autisme ou des retards de développement très marqués. »

Belinda Daniels, mère de Jovanni

Or, tous les enfants ne bénéficient pas d’un dépistage aussi précoce. Dans le Nebraska, le choix de tester un enfant au plomb dépend du médecin ou du système de santé. Résultat : trop peu d’enfants sont dépistés, alors que la ville d’Omaha est confrontée à une pollution historique au plomb.

Des États voisins imposent des tests universels

Face à ce problème, 13 États américains, dont l’Iowa et la Louisiane, ont adopté des lois rendant obligatoire le dépistage universel du plomb avant l’entrée à l’école. Ces lois visent à éviter de cibler uniquement les enfants vivant dans des logements anciens, une approche jugée insuffisante.

Une étude menée par le Flatwater Free Press et ProPublica révèle que ces États ont enregistré une hausse du nombre d’enfants dépistés après l’adoption de ces lois. Certains ont même identifié davantage d’enfants avec des taux élevés de plomb dans le sang.

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et l’American Academy of Pediatrics recommandent un dépistage systématique dans les zones où la pollution au plomb est élevée ou où les logements sont anciens. Pourtant, le Nebraska n’a pas suivi cette voie.

Un manque de dépistage qui coûte cher

Selon l’American Academy of Pediatrics, environ la moitié des enfants présentant un taux élevé de plomb ne sont pas détectés aux États-Unis en raison d’un manque de tests systématiques. Les conséquences peuvent être dramatiques : troubles de l’apprentissage, problèmes de comportement, voire des lésions cérébrales permanentes.

À Omaha, les autorités locales tentent de sensibiliser la population via des affiches et des événements communautaires, mais sans obligation légale, l’efficacité reste limitée. Belinda Daniels, dont le fils a été touché, milite pour un dépistage universel : « Tous les enfants d’Omaha devraient être testés. »

Source : ProPublica