Une opération policière controversée à Memphis
Elmer, un vendeur ambulant hondurien, a vu trois migrants arrêtés par des agents fédéraux près de son étal de chaussures à Memphis, dans le Tennessee. Le 44 ans, père de famille, vit dans l'angoisse depuis que des agents en gilets du Department of Homeland Security ont arrêté deux hommes guatémaltèques dans un parking voisin, puis le propriétaire mexicain d'un camion de tacos de l'autre côté de la rue. En décembre, son neveu de 19 ans a été interpellé lors d'un contrôle routier et reste incarcéré dans un centre de détention du Tennessee.
Ces arrestations s'inscrivent dans le cadre d'une opération lancée par l'administration Trump en septembre dernier. Plus de deux douzaines d'agences fédérales, étatiques et locales, dont la Garde nationale, ont été déployées à Memphis sous le nom de Memphis Safe Task Force. L'objectif affiché ? « Mettre fin aux crimes de rue et violents à Memphis dans la mesure du possible ».
Des arrestations massives, mais peu de crimes violents
Selon une analyse conjointe de MLK50: Justice Through Journalism et ProPublica, basée sur près de quatre mois de rapports d'arrestation quotidiens (d'octobre à début février), la Task Force a procédé à plus de 5 200 arrestations. Pourtant, seulement un quart concernait des crimes violents. La grande majorité de ces arrestations pour violences reposait sur des mandats d'arrêt en suspens.
Parmi les plus de 800 migrants arrêtés pour présence irrégulière aux États-Unis, seulement 17 personnes (2%) étaient également accusées de crimes violents, selon les données analysées. La présence irrégulière en soi n'est pas un crime, mais une infraction civile.
Des craintes dans la communauté migrante
Elmer, qui a fui le Honduras il y a sept ans pour échapper à la violence des gangs, vit dans la peur. Lui et son fils ne sont pas autorisés à séjourner aux États-Unis. « Je me sens comme si ma tête était sur une toupie », confie-t-il. Les arrestations ciblent souvent des personnes sans antécédents criminels, mais dont la seule présence est jugée illégale.
Une mission détournée ?
Malgré l'objectif annoncé de lutter contre la criminalité violente, l'opération a surtout servi à renforcer les contrôles migratoires. Les rapports montrent que la majorité des arrestations concernaient des infractions mineures ou des délits liés à l'immigration, plutôt que des crimes graves.
« La Task Force a été présentée comme une réponse aux crimes violents, mais elle a surtout servi à cibler les migrants. C'est une utilisation détournée des ressources policières. »
— Un responsable anonyme de la police de Memphis
Appel à témoignages
Les journalistes de MLK50 et ProPublica continuent d'enquêter sur les conséquences de cette opération. Ils invitent les résidents de Memphis ayant eu des interactions avec les forces de l'ordre depuis le début de la Task Force à partager leur expérience. Les agences concernées incluent :
- Police de Memphis
- Garde nationale du Tennessee
- Patrouille autoroutière du Tennessee
- Homeland Security Investigations
- Immigration and Customs Enforcement (ICE)
Pour témoigner, contactez Wendi C. Thomas via Signal au wendicthomas.96 ou par email à [email protected].