Arrivé à l’université, j’avais déjà compris que ma fascination pour les voitures n’était pas partagée par tous. Si certains amis pouvaient discuter pendant des heures de mécanique ou de modèles emblématiques, la plupart se contentaient d’un intérêt poli, voire inexistant, pour ces machines motorisées. Pire encore, certains affichaient un mépris affiché, voire des remarques blessantes.
Je me souviens d’une soirée où, en marchant dans les rues de ma petite ville avec d’anciens camarades de lycée, l’un d’eux s’est lancé dans une démonstration impressionnante. Dans l’obscurité, il distinguait les Ford des années 1960 rien qu’à la forme de leurs feux arrière allumés. Il a ensuite expliqué comment repérer les Plymouth Fury de la police locale, reconnaissables à la position de leurs feux de position avant. Une information pratique, me suis-je dit. Pourtant, personne n’a semblé partager mon enthousiasme.
Flickr/Tim Carter
Certains ne s’intéressent tout simplement pas aux voitures, et c’est leur droit. J’ai appris à taire cette passion en société, surtout lors de nouvelles rencontres ou de premiers rendez-vous. Comme si parler de voitures était aussi inconvenant que vanter Nixon, la musique polka ou les clerihews de G.K. Chesterton.
Pourtant, je ne comprenais pas pourquoi le monde culturel et médiatique, y compris des titres comme le New York Times, sous-estimait l’importance des voitures. Elles ne sont pas de simples outils : ce sont des objets de design industriel, d’art, et des symboles chargés d’histoire. Leur impact sur l’économie mondiale et leur rôle dans notre quotidien sont immenses.
Chaque voiture reflète le goût, les valeurs et le statut social de son propriétaire. Elle devient une sorte de test de Rorschach, révélant des indices sur ses convictions politiques, son image de soi, sa situation financière et même son estime personnelle. C’est aussi pour cela que le choix des voitures dans les films et séries est si minutieux. Warner Bros. Pictures
Les constructeurs l’ont bien compris : une voiture n’est pas qu’un véhicule, c’est une déclaration. Qu’on le veuille ou non, elle en dit long sur ceux qui la conduisent.