Depuis plusieurs mois, l’administration Trump menace régulièrement de retirer la nationalité américaine à des citoyens, une mesure qui suscite l’émotion. La semaine dernière, The New York Times révélait que le département de la Justice prévoyait d’engager des procédures pour dénaturaliser plus de 300 personnes, un chiffre inédit depuis des générations.

Si une telle initiative inquiète, il est essentiel de comprendre les limites légales et constitutionnelles de cette démarche. Car, contrairement aux idées reçues, le gouvernement ne peut pas agir à sa guise.

Ce que la Constitution interdit absolument

Premier point crucial : un citoyen américain de naissance ne peut pas être dénaturalisé. Selon le Quatorzième amendement, adopté en 1869, toute personne née sur le territoire américain ou dont au moins un parent est citoyen américain acquiert automatiquement la nationalité, et ce statut est protégé contre toute remise en cause politique.

Cette disposition, née après la guerre de Sécession, visait à empêcher les discriminations fondées sur l’origine ou la couleur de peau. Elle place la citoyenneté au-dessus des débats partisans, ce qui rend toute tentative de remise en cause particulièrement controversée.

Les rares cas où la dénaturalisation est possible

Pour les citoyens naturalisés, la situation est différente, mais encadrée par des règles strictes. Historiquement, les États-Unis ont déjà tenté de retirer la nationalité à certains individus, comme Emma Goldman, anarchiste d’origine russe, dont le mari avait été déchu de sa citoyenneté pour fraude en 1917. Elle fut contrainte à l’exil en URSS en 1919.

En 1940, le Nationality Act a clarifié les conditions de perte de nationalité. Selon cette loi, un citoyen américain peut perdre sa nationalité s’il :

  • Acquiert volontairement une autre nationalité ;
  • Prête serment d’allégeance à un État étranger ;
  • S’engage dans les forces armées d’un pays étranger ;
  • Travaille pour un gouvernement étranger dans un poste réservé à ses nationaux ;
  • Vote dans une élection politique étrangère ;
  • Utilise un passeport étranger en se déclarant ressortissant de ce pays ;
  • Renonce officiellement à sa citoyenneté américaine à l’étranger ;
  • Déserte l’armée américaine en temps de guerre (après condamnation) ;
  • Pour un citoyen naturalisé, réside plus de deux ans dans son pays d’origine et acquiert sa nationalité ;
  • Pour un citoyen naturalisé, réside plus de trois ans dans son pays d’origine sans renoncer à sa nationalité.

Ces critères, validés par la Cour suprême, montrent que la dénaturalisation reste exceptionnelle et soumise à des preuves tangibles de fraude ou de trahison.

Une stratégie politique ou une volonté juridique ?

L’administration Trump justifie ses actions par la lutte contre la fraude à la naturalisation. Pourtant, les experts soulignent que les procédures envisagées ciblent principalement des cas où des irrégularités administratives ont été détectées, souvent des années après l’obtention de la nationalité.

La question reste donc entière : s’agit-il d’une mesure symbolique pour mobiliser l’électorat, ou d’une tentative de durcissement des règles d’immigration ? Une chose est sûre, les défenseurs des droits civiques surveillent de près ces développements, prêts à contester toute mesure jugée abusive devant les tribunaux.