Un juge de district en Irlande du Nord a condamné, jeudi, Clive Johnston, un pasteur retraité de 78 ans, pour avoir prêché en public. Sa peine ? Une amende de 450 livres sterling (environ 610 dollars) et un casier judiciaire. Pourtant, Johnston n’a jamais mentionné l’avortement lors de son sermon, ni même évoqué le sujet. Son seul « crime » ? Avoir organisé un office dominical en plein air à proximité de l’hôpital Causeway de Coleraine, en 2024.

La condamnation repose sur deux chefs d’accusation liés à la loi sur les zones d’accès sécurisées (Abortion Services (Safe Access Zone) Act), qui interdit toute action susceptible d’influencer, empêcher ou entraver l’accès aux services d’avortement dans un rayon de 100 mètres autour des cliniques. Huit de ces « zones tampons » ont été instaurées en Irlande du Nord. Pourtant, le jour des faits, la clinique de santé sexuelle concernée était fermée, et Johnston n’a fait aucune référence à l’avortement dans son homélie.

Une condamnation basée sur une interprétation controversée

Les images de la caméra corporelle montrent Johnston, jouant de l’ukulélé et prêchant Jean 3:16 (« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique »), avant qu’un policier ne l’interrompe. L’officier lui ordonne de cesser son prêche sous peine d’être « éloigné et poursuivi ». Aucune plainte n’a été déposée par des passants, et Johnston n’a jamais été impliqué dans des troubles auparavant.

« C’est un jour sombre pour la liberté chrétienne », a déclaré Johnston après sa condamnation, relayé par le Christian Institute, qui assure sa défense juridique. « Nous avons organisé un petit office en plein air près d’un hôpital, sans aucune mention de l’avortement. Pourtant, la loi sur les zones tampons est si large que tenir un office dominical est devenu un délit. Si quelqu’un provoque des troubles ou harcelait des gens, bien sûr qu’il faudrait le poursuivre. Mais ce n’était pas mon cas, comme le montrent les vidéos et comme tous les acteurs de cette affaire le reconnaissent. »

Un précédent inquiétant pour la liberté d’expression

Johnston devient ainsi la première personne condamnée pour avoir enfreint la loi sur les zones d’accès sécurisées sans jamais évoquer l’avortement. Pourtant, il n’est pas le seul à avoir été visé par des poursuites pour expression religieuse en Grande-Bretagne. En 2023, Rose Docherty, une grand-mère de 75 ans de Glasgow, a été arrêtée, inculpée puis libérée sous caution pour avoir brandi une pancarte devant un hôpital, avec l’inscription : « La coercition est un crime, je suis là pour discuter, si vous le souhaitez. »

En début d’année, Isabel Vaughan-Spruce, une autre militante pro-vie, a été inculpée en Angleterre pour avoir prié silencieusement près d’une clinique d’avortement. Ces affaires illustrent une tendance inquiétante : au Royaume-Uni, l’expression religieuse pacifique peut désormais être criminalisée, non pas pour ce qui est dit, mais pour ce que l’auditeur croit que le locuteur pense.

« La condamnation de Johnston établit un précédent dangereux : elle montre que la liberté d’expression peut être restreinte non seulement pour des propos explicites, mais aussi pour des actes perçus comme potentiellement influents, même en l’absence de toute intention malveillante. »

— Expert en droit et libertés civiles

Appel en cours et réactions

Clive Johnston, père de sept enfants et grand-père, n’a jamais eu de problème avec la justice auparavant. Son avocat a annoncé un appel immédiat contre la condamnation. Le Christian Institute a qualifié cette décision de « disproportionnée » et a souligné que les zones tampons, initialement conçues pour protéger les femmes des pressions, sont désormais utilisées pour museler la liberté religieuse.

Cette affaire relance le débat sur l’équilibre entre la protection des droits des femmes et la préservation des libertés fondamentales, notamment religieuses. Alors que le Royaume-Uni renforce ses lois sur la liberté d’expression, les défenseurs des droits civiques s’alarment d’un glissement vers une censure déguisée.

Source : Reason