Une audience d'urgence prévue mercredi 8 mai pourrait trancher sur le sort de 71 millions de dollars en cryptomonnaies gelés après une cyberattaque attribuée à des pirates nord-coréens. Ces fonds, initialement volés au protocole Kelp DAO, sont au cœur d'un conflit juridique complexe impliquant Aave, un acteur majeur de la finance décentralisée (DeFi).

L'affaire remonte au 18 avril, lorsque des hackers ont dérobé près de 300 millions de dollars en rsETH via le protocole Kelp DAO. Les pirates ont ensuite utilisé ces actifs volés comme garantie pour emprunter des liquidités sur Aave, la plus grande plateforme de prêt décentralisée. Plusieurs organisations, dont Arbitrum DAO, ont réussi à geler une partie de ces fonds avant leur blanchiment, soit environ 71 millions de dollars.

Arbitrum DAO avait prévu de transférer ces actifs gelés vers un fonds de récupération destiné aux victimes de l'attaque. Cependant, une ordonnance de blocage a été déposée vendredi par des avocats représentant des victimes nord-coréennes, invoquant des jugements anciens contre le régime de Pyongyang. Parmi eux figurent Han Kim et Yong Kim, parents d'un ministre sud-coréen enlevé et probablement assassiné par des agents nord-coréens en 2000. En 2015, un tribunal fédéral américain leur a accordé un jugement de 330 millions de dollars contre la Corée du Nord.

Face à cette situation, Aave LLC a déposé une demande d'urgence lundi pour faire annuler cette ordonnance, qualifiant la situation de « catastrophique » pour le protocole et l'écosystème DeFi. Dans un communiqué, le fondateur d'Aave, Stani Kulechov, a dénoncé sur X (ex-Twitter) une « revendication infondée » selon laquelle les biens volés appartiendraient aux voleurs. « Nous continuerons à nous battre pour la communauté DeFi », a-t-il affirmé.

Dans sa requête, Aave LLC argue que les actifs gelés ne peuvent en aucun cas appartenir à la Corée du Nord ou à ses entités affiliées. « Les actifs immobilisés appartiennent aux utilisateurs du protocole Aave », précise le document. Arbitrum DAO a lancé un vote jeudi pour valider le transfert des fonds vers le fonds de récupération, une décision qui doit être finalisée d'ici le 7 mai, soit le lendemain de l'audience d'urgence.

L'entreprise met en garde contre les conséquences d'un maintien du gel : « Si les actifs immobilisés restent bloqués et ne sont pas utilisés pour restaurer la valeur des utilisateurs du protocole Aave, c'est l'ensemble de l'écosystème DeFi qui risque d'être destabilisé », peut-on lire dans le dossier. Aave souligne également que ce blocage créerait des « incitations perverses » : « Personne n'oserait plus tenter de stopper un voleur si la récompense pour être un bon samaritain se transformait en bataille juridique. »

De son côté, la Fondation Arbitrum a indiqué sur son forum de gouvernance que la situation était « complexe » et nécessitait une analyse approfondie avant toute décision définitive.

Source : DL News