Dans Le Prince, Nicolas Machiavel affirmait qu’un dirigeant doit idéalement inspirer à la fois crainte et amour, mais que, ces deux sentiments étant rarement compatibles, il est préférable d’être craint qu’aimé. Il soulignait que la peur est plus fiable que l’affection, volatile par nature, tout en mettant en garde contre la haine, véritable poison pour un pouvoir. Donald Trump a tenté d’appliquer cette doctrine, avec un succès relatif aux États-Unis, mais un échec cuisant sur la scène internationale, mettant en péril la stabilité mondiale.
À l’intérieur des États-Unis, Trump a su imposer sa méthode. Adulé par une minorité, haï par une majorité, il inspire une crainte généralisée. Les institutions, qu’elles soient publiques ou privées, plient systématiquement devant ses exigences, même lorsque celles-ci contreviennent aux lois fédérales ou étatiques. Le Parti républicain, autrefois un bastion de principes, s’est transformé en une machine à obéir aux caprices du président, au point d’adopter des narratifs absurdes, comme la qualification de « protestation pacifique » pour l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.
Comme l’écrivait George Orwell :
« Le président vous ordonne de rejeter les preuves de vos yeux et de vos oreilles. Ce fut son commandement final, le plus essentiel. »S’y opposer revient, au mieux, à perdre son poste, au pire, à s’exposer à des poursuites judiciaires orchestrées par le ministère de la Justice sous son emprise.
Pourtant, cette emprise ne s’étend pas au-delà des frontières américaines. Trump est largement méprisé dans les démocraties avancées, où sa crédibilité s’est effondrée au fil des années. Aujourd’hui, une majorité de citoyens à travers le monde accordent plus de confiance à la Chine, malgré son régime autoritaire et ses crimes contre l’humanité, qu’aux États-Unis sous sa direction.
Derrière son dos, les dirigeants étrangers le décrivent comme un « bouffon », un « idiot utile » ou un pantin facile à manipuler. En 2018, des fuites diplomatiques ont révélé des rires étouffés lors de ses interventions, confirmant son image de dirigeant vaniteux, prompt à croire les flatteries et vulnérable aux manipulations. Cette perception a poussé les chefs d’État à adopter une stratégie de gestion transactionnelle de ses relations, souvent résumée par l’expression « embrasser l’anneau » ou « cours 101 de gestion Trump ».
Même ses anciens alliés, comme la Russie, commencent à remettre en question sa valeur stratégique. Avec les élections de mi-mandat de 2026 qui s’annoncent désastreuses pour les républicains, Moscou anticipe une perte d’influence de Trump, dont le pouvoir sera limité par un Congrès potentiellement dominé par les démocrates. Dans des pays où il bénéficiait autrefois d’un certain soutien, comme la Hongrie, ses tentatives maladroites d’ingérence électorale ont échoué.
À l’inverse, certains pays osent désormais défier ouvertement Trump. En 2025, le Premier ministre canadien Mark Carney a mené le Parti libéral à une victoire surprise en promettant de tenir tête aux États-Unis. Selon un sondage, 55 % des Canadiens considèrent les États-Unis comme la plus grande menace pour leur sécurité nationale, et pourtant, ils n’hésitent pas à opposer un refus catégorique aux demandes maximalistes de Washington. Même l’OTAN, alliance autrefois inébranlable, montre des signes d’impatience face à son leadership erratique.