Dans la serre tropicale des Jardins botaniques de Kew, à Londres, un cycas géant originaire du Cap-Oriental en Afrique du Sud fascine les visiteurs. Âgé de plus de 240 ans, ce spécimen, transporté par bateau au début du XIXe siècle, est surnommé « la plus vieille plante en pot du monde » par le site des Jardins Kew. Une distinction ironique pour une espèce apparue il y a 250 millions d'années, mais qui incarne à elle seule la résilience face au temps.

Dans son dernier roman, The Palm House, l'écrivaine britannique Gwendoline Riley évoque brièvement cette relique végétale à travers le regard de Laura Miller, une narratrice quadragénaire en quête de sens. Accompagnée de son ami Edmund Putnam et de son père, elle découvre ce « fossile vivant » lors d'une visite à la serre. Putnam, obsédé par l'érosion du temps, s'exclame : « Ah, le passage du temps ! » — une phrase qui résume l'une des obsessions centrales de Riley.

Riley excelle dans l'art de la métaphore et de l'humour noir. Ses descriptions, à la fois précises et poétiques, transforment des détails ordinaires en images saisissantes : un ciel jaune foncé « comme de l'iode », une prose d'écrivain raté « comme un voleur de dessin animé qui avance à pas feutrés », ou encore quelqu'un scrutant son téléphone « comme s'il s'agissait d'une baguette de sourcier ». Ses personnages se révèlent à travers des gestes ou des dialogues fragmentés, où les non-dits en disent souvent plus long que les mots échangés.

Pourtant, ses romans, bien que salués par la critique, ne se distinguent pas toujours par leur subtilité. Riley revisite inlassablement les mêmes thèmes — le vieillissement, les relations toxiques, la quête d'identité — à travers des narratrices qui, malgré leurs différences, partagent une même introspection. Ses premiers romans, publiés alors qu'elle n'avait que vingt ans, plongeaient déjà dans l'univers des jeunes femmes en proie à des relations destructrices à Manchester. Ses deux œuvres suivantes, bien que situées aux États-Unis, conservaient cette même trame : des pères brutaux et des mères à la fois magnétiques et pathétiques.

Ces figures parentales, et surtout les mères, occupent une place centrale dans First Love (2017) et My Phantoms (2021), publiés simultanément et acclamés par la critique. First Love plonge le lecteur dans le mariage toxique de Neve, une femme soumise aux humiliations de son conjoint plus âgé. Malgré l'atmosphère oppressante, Riley y déploie un talent rare pour capturer les nuances des émotions et des relations humaines. My Phantoms, quant à lui, explore la relation complexe entre Bridget, une écrivaine, et sa mère, Hen.

« Dans tous mes livres, il y a une femme qui examine sa vie », déclarait Riley en 2017. Une phrase qui résume l'essence de son œuvre : une exploration sans concession des mécanismes de l'existence, où chaque détail compte et où le temps, qu'il soit mesuré en siècles ou en années, reste le fil rouge d'une quête sans fin.