La pièce Hamlet, l’une des plus célèbres de Shakespeare, prend une tournure inattendue dans cette nouvelle production présentée depuis lundi au Harvey Theatre de BAM, après un passage remarqué au National Theatre de Londres. Et si le prince danois avait été interprété par Truman Capote ? C’est l’idée audacieuse explorée par l’acteur Hiran Abeysekera, qui endosse le rôle avec une approche à la fois provocante et ironique.

Dès son entrée en scène, Abeysekera impose une signature visuelle forte : un bonnet blanc en laine, loin des attributs traditionnels du personnage. Ce détail, bien que discret, donne le ton d’une interprétation résolument moderne, où l’excentricité le dispute à l’ironie. Contrairement à Capote, dont la voix haut perchée était légendaire, Abeysekera ne cherche pas à imiter le célèbre écrivain. Pourtant, son jeu vocal, parfois difficile à suivre, oscille entre aigus et graves, comme un ténor s’échauffant avant un concert. Ses soliloques, ponctués de jurons inventés ou de phrases dignes d’une poupée Kewpie, brouillent les codes du texte shakespearien.

Un Hamlet moqueur et subversif

Ce qui frappe le plus dans cette version, c’est l’ironie mordante qui imprègne chaque réplique. Hamlet, sous les traits d’Abeysekera, se moque ouvertement de presque tous les personnages : Polonius (Matthew Cottle, hilarant), Claudius (Alistair Petrie, tragique), Gertrude (Ayesha Dharker, incompétente), ou encore Rosencrantz et Guildenstern (Hari Mackinnon et Joe Bolland, campés avec une touche d’humour gay). Même la célèbre scène du Piège à souris devient une parodie, où Hamlet ridiculise sans pitié ses proches.

La mise en scène de Robert Hastie rappelle le style de Sam Pinkleton, connu pour ses productions décalées comme Oh, Mary! ou la récente reprise de The Rocky Horror Show. Le résultat ? Une Hamlet souvent hilarante, mais rarement tragique. Comme le soulignait Susan Sontag, « la tragédie n’est jamais ironique ». Pourtant, quelques moments de真实情感 émergent, comme la confession déchirante de Claudius : « Mon crime est si odieux qu’il offense le ciel. »

Entre ambiguïté et provocation

Abeysekera pousse l’audace plus loin en explorant une facette méconnue du personnage : sa vanité. Dès sa première apparition, il porte des bottes à talons hauts (décors et costumes signés Ben Stones), un choix qui interroge. Hamlet n’étant pas particulièrement grand, pourquoi cette excentricité vestimentaire ? Est-ce pour impressionner Ophélie (Francesca Mills), jouée par une actrice de petite taille ? Ou simplement pour affirmer une personnalité au-delà des normes de genre, à l’image de Capote lui-même ?

Les relations entre Hamlet et les autres personnages sont également teintées d’ambiguïté. Une scène de flirt avec Rosencrantz, devant Guildenstern, laisse planer le doute : Hamlet est-il gay ? Non, répond la mise en scène : il se moque simplement de l’orientation sexuelle de son ami. Comme Capote, Abeysekera semble transcender les catégories traditionnelles, oscillant entre virilité explosive (inspirée des performances de Richard Burton) et une certaine fragilité.

Cette Hamlet n’est pas une tragédie classique, mais une relecture audacieuse, où l’ironie et l’excentricité priment. Entre rires et interrogations, le public est invité à redécouvrir un chef-d’œuvre sous un jour inattendu.

Source : The Wrap