Une chaîne hospitalière en faillite et des victimes sans recours

Le Waterbury Hospital, dans le Connecticut, où Bob Dorn est décédé en 2022, faisait partie des établissements gérés par Prospect Medical, une chaîne d’hôpitaux privés en difficulté. Cette dernière, rachetée par des fonds d’investissement, a accumulé les dettes avant de déposer le bilan en janvier 2025. Parmi ses nombreuses défaillances, une omission majeure vient d’être révélée : Prospect Medical n’a jamais provisionné de fonds pour couvrir les erreurs médicales commises dans ses hôpitaux.

Les documents judiciaires montrent que la société s’était engagée à assurer elle-même les coûts des litiges en responsabilité médicale, mais n’a jamais mis de côté l’argent nécessaire. Résultat : des centaines de patients, dont les dossiers sont encore en cours, risquent de ne jamais obtenir réparation.

Des manquements graves à la sécurité des patients

Prospect Medical, rachetée en 2016 par un fonds d’investissement, a connu une croissance rapide grâce à des acquisitions endettées. En quelques années, la chaîne est passée de quelques hôpitaux en Californie à 17 établissements répartis dans six États. Pourtant, ses pratiques ont rapidement soulevé des inquiétudes :

  • Soins médicaux dangereux et contrôles d’infection défaillants
  • Conditions d’hygiène insalubres dans certains hôpitaux
  • Non-paiement de plus de 135 millions de dollars en impôts et dettes envers des fournisseurs
  • Fermeture de quatre hôpitaux publics dans la banlieue de Philadelphie, malgré des promesses de maintien en activité

Ces dysfonctionnements ont entraîné des licenciements massifs et privé des milliers de patients d’accès à des soins essentiels.

Le cas emblématique de Bob Dorn : une mort évitable

Pamela Dorn a porté plainte contre Prospect Medical après la mort de son mari, Bob, en mars 2022. Agé de 75 ans et atteint de démence sévère, il était sous régime liquide. Pourtant, lors d’une crise d’agressivité, il a été sédaté aux urgences de Waterbury, puis laissé sans surveillance avec un repas inadapté : des pâtes au fromage et du brocoli. Il s’est étouffé et est décédé d’une asphyxie due à l’obstruction de ses voies respiratoires par des aliments.

« Je ne voulais pas que la même chose arrive à quelqu’un d’autre. Comment un système hospitalier peut-il fonctionner sans assurance responsabilité civile ? C’est irresponsable. »
Pamela Dorn, dans une interview à ProPublica

Les avocats de Prospect Medical et des médecins des urgences ont nié toute négligence dans leurs réponses judiciaires. Pourtant, le cas de Bob Dorn illustre les dangers d’un système où les hôpitaux s’auto-assurent sans garantie financière.

L’auto-assurance : une pratique risquée

Comme de nombreuses entreprises du secteur de la santé, Prospect Medical avait choisi de s’auto-assurer contre les litiges en responsabilité médicale. Plutôt que de payer des primes à un assureur traditionnel, la société promettait de couvrir elle-même les frais de défense juridique et les indemnisations éventuelles. Une méthode qui permet d’économiser des millions, mais qui expose les patients lésés à un risque majeur : l’insolvabilité de l’établissement.

Dans le cas de Prospect Medical, cette stratégie a laissé des centaines de victimes sans recours, alors que la chaîne hospitalière accumulait les dettes et les manquements.

Un système à bout de souffle

La faillite de Prospect Medical met en lumière les dérives d’un modèle où les fonds d’investissement exploitent le secteur de la santé au détriment des patients. Sans filet de sécurité financier, les erreurs médicales deviennent des impasses judiciaires. Pour Pamela Dorn et d’autres familles, la quête de justice s’annonce désormais bien plus difficile.

Source : ProPublica