Bamako, Mali — Une insurrection d'une ampleur inédite secoue le Mali, mettant en péril la fragile autorité de la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta. Après des jours d'absence, ce dernier a réapparu en public pour tenter de rassurer : la « situation est sous contrôle ». Pourtant, les faits contredisent ses déclarations.

Une coalition de forces rebelles, composée d'affiliés d'Al-Qaïda et de séparatistes touaregs, a pris le contrôle de plusieurs villes provinciales et menace désormais d'assiéger la capitale, Bamako. Les attaques coordonnées du 25 avril ont révélé la vulnérabilité du régime. Le groupe Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda et actif depuis plus d'une décennie, a uni ses forces pour la première fois avec des mouvements touaregs, traditionnellement en conflit avec le gouvernement central. Ensemble, ils ont frappé simultanément des villes éloignées les unes des autres, dont Bamako, Gao, Kidal, Sévaré et Kati, une ville-garnison.

Parmi les cibles figuraient la résidence du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, tué dans un attentat-suicide à la voiture piégée. Camara, figure influente de la junte et architecte clé de l'alliance militaire du Mali avec la Russie, incarnait l'un des piliers du régime. Son décès marque un coup dur pour Moscou, qui mise sur les juntes du Sahel pour étendre son influence.

La Russie en première ligne face à l'avancée des rebelles

La présence russe au Mali, incarnée par le groupe Wagner puis par l'Africa Corps, a été directement contestée lors de ces attaques. Dans la ville de Kidal, des combattants russes ont été expulsés sous les huées de la population locale. L'Africa Corps, bras armé du Kremlin en Afrique, a qualifié les offensives rebelles de « tentative de coup d'État » soutenue par des « services de renseignement occidentaux ». RT, média pro-Kremlin, a relayé ces accusations, pointant du doigt la France et l'Occident, tout en affirmant que les mercenaires russes avaient repoussé les assaillants.

Ces événements surviennent alors que l'Ukraine affirme avoir fourni des renseignements ayant permis à des rebelles touaregs d'intercepter et de décimer un convoi de Wagner en 2024, faisant des dizaines de morts. En représailles, le Mali et le Niger ont rompu leurs relations diplomatiques avec Kiev, tandis que le Burkina Faso a accusé l'Ukraine de déstabiliser la région. Le Sahel devient ainsi un nouveau front dans l'affrontement indirect entre Moscou et Kiev.

Propagande russe et échecs sur le terrain

Le Kremlin a longtemps exploité les frustrations anti-occidentales dans le Sahel pour renforcer son emprise, promouvant une image de protecteur face aux anciennes puissances coloniales. Pourtant, cette stratégie de désinformation peine à masquer les revers militaires sur le terrain. Malgré les déclarations triomphantes de RT, les rebelles continuent de gagner du terrain, mettant en lumière les limites de l'influence russe dans la région.

La junte malienne, affaiblie et isolée, tente désespérément de maintenir son pouvoir. Mais avec des villes clés sous contrôle ennemi et une population de plus en plus méfiante, l'avenir de l'alliance avec Moscou semble plus incertain que jamais. La crise actuelle révèle une réalité crue : la Russie, malgré ses mercenaires et sa propagande, peine à transformer ses gains politiques en victoires durables au Sahel.

Source : Coda Story