Le 6 mars, Brian O’Neill, promoteur immobilier en Pennsylvanie, a envoyé un email désespéré à Benjamin Kirshner, haut responsable de l’État et proche du gouverneur Josh Shapiro. Dans ce message, il révélait qu’Amazon avait annoncé par écrit ne plus envisager de nouveaux projets en Pennsylvanie tant que les incertitudes juridiques ne seraient pas levées. « Lors de nos échanges, Amazon nous a clairement indiqué avoir été systématiquement contesté dans chacun de ses projets, à chaque étape », expliquait O’Neill. Il faisait référence aux refus répétés des autorités locales d’accorder des permis pour les centres de données de l’entreprise. Son propre projet à Conshohocken, dans la banlieue de Philadelphie, avait été bloqué en novembre 2023.
O’Neill a alors demandé au gouverneur d’agir pour éviter que des recours « frivoles » ne ralentissent indûment les projets d’Amazon. Il proposait notamment d’imposer aux opposants aux décisions d’urbanisme de verser une caution équivalente au double de la valeur du projet contesté. « Si un projet de 2 milliards de dollars est retardé par un recours, les opposants devraient déposer une caution de 4 milliards », écrivait-il.
Kirshner a transmis cette demande aux plus hauts responsables de l’administration Shapiro, avec un simple « FYI » (pour information). Pourtant, aucune réponse officielle n’a été donnée. L’administration Shapiro a confirmé ne pas avoir répondu à l’email d’O’Neill. Interrogée sur le soutien éventuel à sa proposition, la gouvernance du gouverneur a répondu que celle-ci nécessiterait une loi, non encore déposée. Un représentant d’O’Neill a promis une réponse, mais n’a jamais donné suite. Amazon, contactée, a simplement réaffirmé son « engagement profond et continu » envers la Pennsylvanie, sans plus de détails.
Cet échange illustre les tensions auxquelles est confronté Josh Shapiro – comme d’autres gouverneurs américains – depuis l’explosion des centres de données liés à l’IA. Ces infrastructures, bien que porteuses d’emplois et d’investissements massifs, suscitent une opposition croissante de la part des habitants et des élus locaux, inquiets des impacts environnementaux, énergétiques et sociaux.
Un dilemme partagé par d’autres gouverneurs
Shapiro n’est pas le seul à devoir gérer ce type de conflit. En Maine, la gouverneure Janet Mills a récemment opposé son veto à une loi visant à interdire les centres de données dans tout l’État. Une décision qui a déçu une partie de l’électorat démocrate, alors qu’elle se prépare à affronter Graham Platner, un progressiste en lice pour le siège de sénateur américain. Mills, comme Shapiro, doit concilier les promesses économiques de l’IA avec les inquiétudes de ses concitoyens.
L’IA, un moteur économique incontournable
Pour les gouverneurs, les centres de données représentent une manne financière et technologique. En Pennsylvanie, l’IA a dynamisé l’économie locale, alors que le reste du pays traverse une période difficile. Depuis juin 2023, Shapiro a fait de l’intelligence artificielle une priorité, attirant des milliards d’investissements de géants comme Amazon. Selon les estimations, plus de 100 milliards de dollars de projets de centres de données sont prévus dans l’État, dont un cinquième provient d’Amazon. En 2025, le géant du numérique a annoncé un investissement de plus de 20 milliards de dollars pour construire des infrastructures dédiées à l’IA en Pennsylvanie.
Pourtant, cette croissance fulgurante s’accompagne de critiques. Les opposants dénoncent le manque de transparence, la consommation excessive d’énergie et les risques pour les communautés locales. Les projets d’Amazon, en particulier, ont été systématiquement contestés, ralentissant leur réalisation et créant un climat d’incertitude pour les investisseurs.
Face à ces défis, les gouverneurs doivent désormais trouver un équilibre entre attirer les investissements technologiques et répondre aux préoccupations citoyennes. Une tâche complexe, alors que l’IA continue de transformer l’économie mondiale.