La Déclaration d'Indépendance des États-Unis, souvent perçue comme un texte sacré, est en réalité le fruit d'un travail collectif et d'une série de compromis. Bien que les mots de Thomas Jefferson y occupent une place centrale, ce document emblématique doit beaucoup à d'autres contributions majeures.
Contrairement à une idée reçue, la Déclaration n'est pas née ex nihilo. Elle s'inspire largement de la Déclaration des droits de Virginie, rédigée par George Mason, ainsi que du projet de constitution virginien de Jefferson et d'une résolution de Richard Henry Lee proposant l'indépendance. Ces éléments, combinés à des déclarations locales, ont façonné un texte qui, selon les mots mêmes de Jefferson, devait refléter « l'esprit américain ».
Les membres du Congrès continental savaient pertinemment que leur texte laissait des zones d'ombre. Bien qu'ils aient édulcoré le projet initial de Jefferson, ils se sont abstenus d'ajouter de nouvelles sections. Les modifications apportées, que Jefferson qualifiera plus tard de « mutilations », étaient en réalité des ajustements judicieux : environ un quart du texte original a été supprimé avant l'adoption définitive du document, le 4 juillet 1776.
Pourtant, ce jour ne fut pas immédiatement perçu comme un tournant historique. Les délégués à Philadelphie considéraient que l'acte décisif avait déjà eu lieu deux jours plus tôt, le 2 juillet, lorsque le Congrès avait voté la séparation d'avec la Grande-Bretagne, le roi George III et le Parlement. La Déclaration, quant à elle, avait une portée plus pragmatique : elle ouvrait la voie à deux actions cruciales, l'établissement d'alliances étrangères (notamment avec la France et l'Espagne) et la création d'un gouvernement confédéral pour structurer les relations entre les nouveaux États souverains.
Contrairement aux célébrations modernes, aucun feu d'artifice ni lecture publique n'a marqué le 4 juillet 1776. Les festivités n'ont commencé que dans les jours suivants, lorsque les citoyens américains ont découvert le texte imprimé sur des feuilles volantes distribuées à travers le pays. Par ailleurs, la Déclaration évitait soigneusement toute mention du type de gouvernement que les colonies devaient adopter. Cette question était du ressort d'un comité dirigé par Roger Sherman, dont la mission était de rédiger les Articles de la Confédération, qui donneront naissance à un gouvernement central extrêmement faible.
Les véritables enjeux constitutionnels se jouaient au niveau des États. Huit d'entre eux adopteront d'ailleurs une constitution en 1776 seulement. Pour de nombreux délégués, dont Jefferson lui-même, la rédaction de ces constitutions étatiques était bien plus urgente que la Déclaration. Jefferson aurait d'ailleurs préféré être à Williamsburg, occupé à finaliser la constitution virginienne, dont il avait déjà esquissé les grandes lignes plus tôt dans l'année et dont il réutilisera des passages pour la Déclaration.
Si le Comité des Cinq, dont faisait partie Jefferson, a évité de préciser la forme que devait prendre un gouvernement national, il a en revanche dressé une liste de 28 griefs contre le roi George III. En énumérant ces abus, les rédacteurs ont indirectement défini ce qu'un gouvernement juste ne devait pas être, et par conséquent, ce qu'un gouvernement légitime, fondé sur le consentement des gouvernés, se devait d'incarner.