WASHINGTON — Le ministère américain de la Justice (DOJ) a annoncé cette semaine, avec une grande pompe médiatique, une inculpation du Southern Poverty Law Center (SPLC), une organisation connue pour son rôle dans la surveillance et la dénonciation de l’extrémisme et des groupes haineux de droite.
Dans l’acte d’accusation, le DOJ reproche au SPLC des chefs de fraude bancaire, de fraude électronique et de complot en vue de blanchiment d’argent. L’accusation centrale repose sur l’idée que le SPLC aurait financé indirectement des groupes extrémistes en rémunérant des informateurs infiltrés dans ces milieux.
Cependant, en examinant les onze chefs d’accusation, une omission flagrante saute aux yeux : pour étayer sa thèse selon laquelle « le SPLC fabrique le racisme pour justifier son existence », le gouvernement cite plusieurs informateurs rémunérés, membres de groupes suprémacistes blancs, dont un présenté comme un « Grand Dragon » du Ku Klux Klan, affilié aux United Klans of America.
L’acte d’accusation reprend un article du SPLC décrivant ces groupes comme un « renouveau millénariste de ce qui fut autrefois une menace intérieure sérieuse ». Pourtant, le DOJ a omis un mot clé de cet article : « pathétique ». Dans le texte original de 2013, le SPLC qualifiait les United Klans of America de « pathétique renouveau millénariste de ce qui fut autrefois une menace intérieure sérieuse ».
Une nuance qui change tout : si le SPLC cherchait vraiment à alerter ses donateurs sur la menace de ces groupes, pourquoi les qualifier de « pathétiques » ? Et pourquoi le DOJ a-t-il omis ce terme dans son acte d’accusation ?
Ces questions seront probablement tranchées devant les tribunaux, le SPLC ayant annoncé son intention de contester l’inculpation. Pour l’instant, ces incohérences ne semblent pas freiner l’enthousiasme des détracteurs de l’organisation, qui y voient une opportunité de discréditer une institution libérale honnie.
La droite s’empare de l’affaire pour discréditer le SPLC
Les conservateurs saisissent cette inculpation comme une preuve que le SPLC aurait secrètement financé des groupes extrémistes de droite pour justifier son existence et lever des fonds. Des personnalités comme Christopher Rufo, militant conservateur, et Glenn Beck, animateur radio, ont relayé cette thèse sur les réseaux sociaux.
« L’offre de ‘haine’ de droite était si faible qu’un groupe ‘anti-haine’ de gauche a dû la subventionner pour pouvoir ensuite lever des fonds pour la combattre. »
— Christopher Rufo, sur X (ex-Twitter)
« Ces groupes d’extrême droite qui seraient partout, je vous jure que ce ne sont probablement que des informateurs payés par le SPLC ou le FBI. »
— Glenn Beck, dans son émission
Le SPLC, une ombre de son passé militant
Ironiquement, cette inculpation intervient à un moment où le SPLC n’occupe plus la position dominante qu’il avait dans les années 1970, période où il a acquis une renommée en poursuivant le Ku Klux Klan en justice. Fondé au début des années 1970 comme une clinique juridique spécialisée dans la lutte contre les discriminations raciales, le SPLC s’est ensuite étendu à la surveillance des groupes haineux.
L’organisation a longtemps été critiquée pour sa gestion financière, accusée d’amasser des fonds bien supérieurs à ses besoins réels. Avec un budget annuel dépassant les 100 millions de dollars, ses détracteurs lui reprochent de privilégier la collecte de dons à sa mission initiale.