L’inégalité la plus marquante aux États-Unis ne se mesure pas uniquement par l’écart de richesse ou de salaire. Elle ne se résume pas non plus au fossé des opportunités raciales. Le fossé du mariage, souvent négligé, s’avère être l’une des sources de disparités les plus destructrices du pays.

Une récente étude de l’American Enterprise Institute, intitulée Land of Opportunity: Advancing the American Dream et dirigée par Kevin Corinth et Scott Winship, met en lumière ce phénomène. Les auteurs, des économistes empiriques et non des militants culturels, révèlent comment l’effritement de la famille traditionnelle et les politiques gouvernementales ont accéléré cette tendance.

Un effondrement historique de la famille

Dans les années 1950, seulement 5 % des enfants naissaient hors mariage. Aujourd’hui, ce chiffre atteint 40 %. Les États-Unis détiennent également le triste record du taux le plus élevé au monde d’enfants vivant dans des foyers monoparentaux : 23 %, contre une moyenne internationale de 7 %.

Selon les données de l’enquête National Longitudinal Survey of Youth, les millennials issus de familles intactes (deux parents mariés) affichent des résultats bien supérieurs : 40 % ont obtenu un diplôme universitaire, et 77 % ont atteint un revenu de classe moyenne ou plus. À l’inverse, parmi ceux ayant grandi dans des familles non intactes, seuls 17 % ont obtenu un diplôme, et 57 % ont atteint un revenu de classe moyenne.

Les conséquences vont bien au-delà des frontières du foyer. Les recherches utilisant les données fiscales montrent que les quartiers où le taux de monoparentalité est élevé favorisent une mobilité sociale réduite, y compris pour les enfants élevés dans des familles biparentales.

Un phénomène qui touche davantage les plus vulnérables

L’effondrement de la stabilité familiale ne frappe pas uniformément. Entre 1970 et 2018, le taux de naissances légitimes a chuté de 29 points en moyenne. Cependant, cette baisse atteint 47 points pour le quintile le moins éduqué, contre seulement 6 points pour le quintile le plus éduqué.

De même, entre le début des années 1960 et la fin des années 2010, le taux de mariage a diminué de 46 points chez les jeunes femmes les moins éduquées, contre 17 points chez les plus éduquées. Résultat : celles qui ont le moins de moyens de supporter les coûts d’un foyer monoparental en sont les premières victimes.

Le mariage, un rempart contre la pauvreté

Les travaux de l’économiste Melissa Kearney démontrent que le mariage protège contre la pauvreté, quel que soit le groupe racial ou le niveau d’éducation. Les parents mariés, indépendamment de leur origine ou de leur formation, souffrent significativement moins de pauvreté que les mères célibataires.

Une méta-analyse de 2013, menée par la sociologue Sara McLanahan de l’Université de Princeton, confirme ces résultats :

« Les études utilisant des méthodologies rigoureuses continuent de montrer les effets négatifs de l’absence du père sur le bien-être des enfants. »

Un enjeu bipartisan

Bien que les causes de ce déclin soient complexes, son impact est indéniable. Le mariage reste une institution clé pour l’éducation des enfants et la mobilité sociale. Pourtant, les politiques publiques, souvent conçues sans tenir compte de ces réalités, pourraient involontairement aggraver la situation.

Face à ces constats, une question s’impose : comment inverser cette tendance ? Les solutions passent-elles par des réformes économiques, des politiques familiales ciblées, ou une combinaison des deux ? Une chose est sûre : ignorer ce fossé ne fera qu’aggraver les inégalités déjà criantes aux États-Unis.

Source : Reason