Le Collège électoral, ce système controversé qui accorde un pouvoir disproportionné à quelques États indécis pour élire le président des États-Unis, pourrait bientôt disparaître. Après deux siècles d’existence, une réforme en gestation depuis plus de vingt ans prend enfin de l’ampleur. Et les élections de mi-mandat de 2026 pourraient bien être le déclic qui permettra de concrétiser ce projet.

Le National Popular Vote Interstate Compact : une réforme sans modification constitutionnelle

Depuis 2006, un mouvement baptisé National Popular Vote Interstate Compact (NPVIC) cherche à contourner le Collège électoral sans passer par une révision constitutionnelle. L’idée ? Faire en sorte que les États participants s’engagent à attribuer leurs grands électeurs au candidat ayant remporté le vote populaire national, à condition que suffisamment d’autres États fassent de même pour que le résultat soit déterminé à l’échelle nationale.

Concrètement, il faut 270 grands électeurs sur 538 pour remporter l’élection présidentielle. Si les États contrôlant au moins 270 grands électeurs adhèrent au NPVIC, le candidat arrivant en tête du vote populaire national obtiendrait automatiquement ces 270 grands électeurs, quel que soit le résultat dans les autres États. Les électeurs des États non participants continueraient de voter, mais leur contribution au vote populaire national déterminerait le vainqueur, et non plus la répartition des grands électeurs.

Un soutien croissant, mais des défis persistants

À ce jour, la quasi-totalité des États démocrates ou favorables aux démocrates ont rejoint le NPVIC. Le plus récent en date, la Virginie, a signé l’accord le mois dernier. Les partisans de la réforme contrôlent désormais 222 des 270 grands électeurs nécessaires. Il ne leur reste plus qu’à convaincre les États pivots, où le contrôle politique est incertain, de les rejoindre.

Parmi les cibles prioritaires figurent le Wisconsin, le Michigan, l’Arizona, la Pennsylvanie, le Nevada et le New Hampshire. Si les démocrates remportent les trifectas (gouvernorat et les deux chambres législatives) dans ces États lors des élections de 2026, ils pourraient obtenir les 48 grands électeurs manquants et mettre en place le NPVIC dès l’élection présidentielle de 2028.

Un changement rendu possible par la polarisation du système

Historiquement, les États pivots hésitaient à renoncer à leur influence dans le Collège électoral. Mais aujourd’hui, la polarisation politique a transformé la question en un enjeu partisan. Les démocrates, majoritaires dans leur conviction qu’un vote populaire serait plus équitable, pourraient désormais faire abstraction des intérêts étatiques traditionnels.

« Le Collège électoral est devenu un symbole de l’injustice perçue du système politique américain. Son abolition pourrait redéfinir la démocratie aux États-Unis. »

— Un analyste politique

Les obstacles à surmonter

Malgré l’optimisme, des questions persistent. D’abord, juridiques : certains constitutionnalistes contestent la légalité du NPVIC, arguant qu’il contredit l’esprit de la Constitution. Ensuite, pratiques : une victoire du NPVIC sans soutien républicain pourrait fragiliser sa légitimité et entraîner des contestations judiciaires prolongées. Enfin, politiques : si les républicains reprennent le contrôle des États pivots après 2026, le projet pourrait être abandonné.

Pourtant, les partisans du NPVIC estiment que la pression démographique et électorale en faveur d’une réforme est désormais trop forte pour être ignorée. Avec une population de plus en plus urbaine et diversifiée, l’idée d’un système électoral plus représentatif gagne du terrain, même au-delà des cercles démocrates.

Un tournant possible en 2026

Les élections de mi-mandat de 2026 s’annoncent décisives. Si les démocrates parviennent à sécuriser les États pivots, le NPVIC pourrait entrer en vigueur dès 2028, marquant la fin d’un système électoral vieux de plus de deux siècles. Une révolution qui, si elle aboutit, redéfinirait profondément la politique américaine.

Source : Vox