Les investisseurs en capital-risque (VC) semblent incapables de se fixer sur une stratégie durable. Leurs thèses d’investissement évoluent au gré des modes, des bouleversements technologiques ou des pressions politiques, laissant les entrepreneurs dans un état de confusion permanente.

Des thèses d’investissement en perpétuelle mutation

Pour illustrer ce phénomène, prenons l’exemple des fonds spécialisés dans le climat. Il y a encore quelques années, ces structures figuraient parmi les plus en vue du secteur. Aujourd’hui, la plupart ont disparu ou se sont tues. Certains se sont même reconvertis dans des niches comme « l’IA pour le climat » – une contradiction évidente, mais qui reflète une adaptation forcée aux réalités du marché.

Les mots utilisés par ces fonds ont également changé. Des termes comme « dynamisme américain », « résilience », « chaîne d’approvisionnement » ou « défense » ont remplacé ceux liés au climat, reflétant l’évolution du discours politique aux États-Unis. Un autre exemple frappant est celui de la diversité. Autrefois centrale dans les stratégies de nombreux fonds, cette notion est aujourd’hui évitée, voire bannie, en raison de son association avec des débats sociétaux polarisants.

L’influence des tendances technologiques

Les bouleversements technologiques jouent un rôle tout aussi déterminant. Il y a quelques années, les fonds généralistes se sont massivement tournés vers l’intelligence artificielle. Plus récemment, c’est le secteur du SaaS qui a été mis à mal par l’essor des grands modèles de langage (LLM). L’idée que l’IA pourrait « tuer » le SaaS, pilier historique du capital-risque, a poussé de nombreux investisseurs à revoir leurs stratégies.

Un ami, gestionnaire de fonds spécialisé dans le SaaS, m’a confié la semaine dernière qu’il se concentrait désormais exclusivement sur le secteur de la consommation. Une volte-face surprenante, mais révélatrice d’un secteur en pleine mutation. Le SaaS n’est pas le seul touché : l’ensemble des investissements logiciels généralistes est désormais en déclin.

Avec la démocratisation des LLM, il est devenu bien plus facile de créer et de lancer un produit logiciel. Le produit lui-même n’est plus considéré comme une barrière à l’entrée ou un avantage concurrentiel durable. Les investisseurs se tournent donc vers des secteurs où la réplication est plus difficile, comme le matériel informatique ou les biens de consommation, des domaines qui, il y a encore un an, étaient largement délaissés.

Un défi pour les entrepreneurs

Pour les fondateurs, ces revirements constants représentent un véritable casse-tête. Comment adapter leur entreprise à des critères d’investissement aussi volatils ? Les fonds qui changent de cap du jour au lendemain laissent peu de temps aux entrepreneurs pour ajuster leur stratégie. Certains secteurs, autrefois porteurs, deviennent soudainement risqués, tandis que d’autres, autrefois ignorés, attirent soudain l’attention des investisseurs.

Cette instabilité reflète une réalité plus large du capital-risque : les fonds doivent constamment s’adapter pour survivre. Que ce soit sous la pression des tendances technologiques ou des débats politiques, leur capacité à pivoter rapidement devient un impératif. Pour les entrepreneurs, cela signifie qu’il faut faire preuve d’une grande agilité et d’une compréhension fine des attentes changeantes des investisseurs.

« Les fonds qui changent de cap du jour au lendemain laissent peu de temps aux entrepreneurs pour ajuster leur stratégie. »