Les écrans de la Bourse de New York affichaient une mer rouge le 28 février 2020. À l'époque, alors que les espaces publics se vidaient et que les hôpitaux se remplissaient, une couverture de magazine de 2017 circula massivement sur les réseaux sociaux. L'article, intitulé « Attention : nous ne sommes pas prêts pour la prochaine pandémie », avait été rédigé par Alex Godoy-Faúndez pour le Time. Il revenait sur des années de reportages sur les maladies émergentes : SRAS à Hong Kong en 2003, grippe aviaire H5N1 en Indonésie en 2007, grippe H1N1 en 2009.

Pourtant, malgré ces alertes, le monde n'était pas préparé à l'arrivée du Covid-19. L'auteur lui-même, malgré son expertise, n'avait pas anticipé l'ampleur de la crise. En janvier et février 2020, alors que les cas se multipliaient en Chine, il partageait l'optimisme de Donald Trump : « Cela va disparaître. » Une erreur d'appréciation qui a coûté cher.

Le 19 février 2020, à peine quelques jours avant l'apparition du premier foyer en Italie, l'indice S&P 500 atteignait un record historique. Un comportement de marché qui contrastait avec la réalité à venir : un arrêt économique mondial sans précédent.

Une cécité économique similaire face à l'Iran

Selon l'auteur, une même myopie menace aujourd'hui l'économie mondiale, mais cette fois-ci, le risque est géopolitique : une guerre avec l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz. Les chiffres sont alarmants. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) qualifie cette situation de plus grande perturbation des marchés pétroliers de l'histoire, avec une baisse de l'offre mondiale de plus de 10 millions de barils par jour en mars 2020.

À titre de comparaison, le choc pétrolier de 1973, qui avait plongé les États-Unis dans une décennie d'angoisse économique, avait retiré 7 % de l'offre mondiale du marché. Or, la fermeture d'Ormuz menace d'enlever 13 % de l'approvisionnement global. Les dégâts sur les infrastructures, aggravés par les tensions militaires, pourraient prolonger cette crise bien au-delà des simples perturbations logistiques.

Un scénario déjà vu, mais ignoré

Les experts s'accordent à dire que les marchés financiers sous-estiment ce risque. Pourtant, les parallèles avec la pandémie de Covid-19 sont frappants : des signaux d'alerte clairs, une dépendance excessive à des chaînes d'approvisionnement vulnérables, et une confiance excessive dans la résilience des systèmes économiques. Comme en 2020, les investisseurs semblent convaincus que « cela va passer ». Mais les conséquences d'un conflit prolongé en Iran pourraient être bien plus graves qu'une simple crise pétrolière.

L'histoire nous a montré que les chocs géopolitiques ont souvent des répercussions économiques durables. La guerre en Ukraine en 2022 a provoqué une flambée des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, alimentant l'inflation dans le monde entier. Une escalade militaire en Iran pourrait avoir des effets encore plus dévastateurs, notamment sur les prix du carburant et la stabilité des marchés émergents.

« Les marchés financiers semblent incapables d'anticiper les crises systémiques. Nous répétons les mêmes erreurs, encore et encore. »

Que faire face à ce risque ?

Face à cette menace, les gouvernements et les entreprises doivent revoir leurs stratégies. Voici quelques pistes :

  • Diversifier les approvisionnements énergétiques : Réduire la dépendance au pétrole du Moyen-Orient en développant des alternatives (renouvelables, gaz naturel, etc.).
  • Renforcer les réserves stratégiques : Constituer des stocks suffisants pour absorber un choc d'approvisionnement.
  • Anticiper les scénarios de crise : Préparer des plans d'urgence pour limiter l'impact sur les économies nationales.
  • Surveiller les signaux géopolitiques : Une escalade des tensions en Iran pourrait être un indicateur précoce d'une crise à venir.

L'histoire nous a appris que les crises, qu'elles soient sanitaires ou géopolitiques, frappent toujours là où on ne les attend pas. Ignorer les signaux d'alerte, comme ce fut le cas pour le Covid-19, pourrait coûter bien plus cher que prévu.

Source : Vox