Une allégation audacieuse, mais des preuves manquantes

La Louisiane soutient que des hommes droguent des femmes avec des pilules abortives, et que la FDA (Food and Drug Administration) en serait responsable. Cette affirmation, au cœur d’un dossier examiné par la Cour suprême, repose sur des bases fragiles. L’État n’a en effet produit aucune preuve concrète pour étayer ses dires.

De plus, l’argument selon lequel l’obligation de prescription en personne pourrait empêcher ces actes de coercition est loin d’être convaincant. Même avec des règles strictes, les femmes sous emprise de partenaires violents ou manipulateurs restent vulnérables à ce type de pression.

Le contexte : la FDA et l’accès aux pilules abortives

L’affaire porte sur la décision de la FDA, en 2023, de supprimer l’obligation de prescription et de distribution en personne pour la mifépristone, une pilule abortive. Cette mesure, initialement temporaire pendant la pandémie de COVID-19, a été rendue permanente. Dans les États où l’avortement est interdit, comme la Louisiane, l’accès aux pilules par correspondance est devenu une bouée de sauvetage pour de nombreuses femmes.

En octobre dernier, la Louisiane, aux côtés de la plaignante Rosalie Markezich, a poursuivi la FDA, le Département de la Santé et des Services sociaux (HHS) et plusieurs responsables, dont Robert F. Kennedy Jr., pour contester cette décision. L’État affirme que « des acteurs malveillants obtiennent des pilules abortives approuvées par la FDA auprès de prescripteurs d’autres États, puis les glissent secrètement dans les boissons des femmes sans leur consentement ».

Des cas isolés, voire inexistants

Pourtant, aucune preuve ne vient étayer cette affirmation. La Louisiane n’a cité aucun cas concret dans sa plainte. Si de tels actes étaient fréquents, ils feraient les gros titres des médias nationaux, donneraient lieu à des poursuites judiciaires et à des condamnations. Pourtant, une recherche sur Google ne révèle que quatre cas potentiels depuis 2023 : trois au Texas et un dans le Massachusetts, l’Illinois et l’Ohio. Certains de ces cas restent non prouvés, et il est impossible de déterminer comment les pilules ont été obtenues ou si la prescription à distance y a joué un rôle.

Un rapport de la Heritage Foundation publié en mars a recensé seulement trois cas récents de ce type, en remontant jusqu’à 2007 pour en trouver quatre supplémentaires. Aucun ne démontre une utilisation systématique des pilules abortives dans des boissons.

L’argument de la coercition : une faille dans le raisonnement

La Louisiane soutient également que la prescription à distance permet à des hommes de forcer des femmes, comme Rosalie Markezich, à prendre ces pilules contre leur gré. Markezich, résidente de Louisiane où l’avortement est strictement interdit, affirme dans sa plainte avoir été enceinte en 2023 et ne pas avoir voulu avorter. Sous « une pression intense et craignant pour sa sécurité », elle aurait finalement pris les pilules.

Cependant, cette argumentation présente une faille majeure : la coercition ne s’arrête pas à la porte d’un médecin. Les femmes en couple avec des partenaires violents ou manipulateurs restent exposées à ce type d’abus, quelles que soient les règles de prescription en place.

Une stratégie pour restreindre l’accès à l’avortement ?

Les défenseurs du droit à l’avortement voient dans cette plainte une tentative de la Louisiane de restreindre davantage l’accès aux pilules abortives. En ciblant la FDA et les prescriptions à distance, l’État cherche peut-être à revenir sur une mesure qui facilite l’accès à l’IVG dans un contexte de restrictions croissantes.

Pour l’instant, les preuves manquent pour étayer les allégations de la Louisiane. La Cour suprême, qui examine ce dossier, devra trancher sur la légitimité de ces accusations et leurs implications pour l’accès à l’avortement aux États-Unis.

Source : Reason