Des règles fédérales strictes, mais des États encore plus exigeants
À partir de cette année, des millions de personnes souhaitant bénéficier de Medicaid devront prouver avoir travaillé, étudié ou fait du bénévolat pendant au moins un mois avant de pouvoir obtenir ou conserver leur couverture santé. Ces nouvelles règles, issues de l'One Big Beautiful Bill Act, signé en juillet 2020 par l'ancien président Donald Trump, laissent aux États le choix entre une, deux ou trois périodes de travail consécutives.
L'Indiana et l'Idaho en tête du durcissement
Plusieurs États républicains ont décidé d'aller plus loin. L'Indiana a adopté une loi exigeant trois mois de travail ou d'activité similaire pour prétendre aux aides Medicaid. Le gouverneur républicain Mike Braun a promulgué ce texte le 4 mars 2021, faisant de l'Indiana le premier État à appliquer la durée maximale autorisée par la loi fédérale. L'Idaho a suivi le 10 avril 2021, avec une législation similaire.
D'autres États comme l'Arizona, le Missouri et le Kentucky envisagent des mesures comparables, visant à restreindre l'application des règles fédérales au niveau local.
Un impact social et politique controversé
Selon le Congrès américain, 18,5 millions d'adultes seront concernés par ces nouvelles règles, appliquées dans 42 États et le district de Columbia. En Indiana, ces critères cibleront environ 33 % de la population Medicaid de l'État. Les exemptions concernent les enfants, les personnes de 65 ans et plus, ainsi que les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies graves.
Les règles fédérales laissent généralement aux administrateurs des États le soin de préciser les modalités d'application. Cependant, les Centers for Medicare and Medicaid Services n'ont pas encore fourni de directives claires aux États, poussant certains législateurs locaux à intervenir directement.
« Normalement, on ne voit pas les législateurs des États s’immiscer dans ces décisions. »
Débats et critiques sur l'efficacité des mesures
Le sénateur républicain de l'Indiana, Chris Garten, a défendu son projet de loi en janvier 2021, affirmant qu'il permettrait de lutter contre la « fraude, le gaspillage et les abus » dans les programmes sociaux. Selon lui, l'inscription de personnes non éligibles prive les « Hoosiers vraiment vulnérables » d'aides essentielles.
Son homologue démocrate, Fady Qaddoura, a exprimé des doutes lors des débats. Interrogé sur le nombre de personnes non éligibles ayant bénéficié de Medicaid en Indiana, le secrétaire à l'Administration familiale et sociale de l'État, Mitch Roob, a répondu : « Je pense que très peu… mais ce ne sera jamais zéro. »
Face à cette réponse, Qaddoura a souligné l'absence de preuves tangibles justifiant une telle législation. Les critiques pointent également le risque d'exclure des personnes en situation précaire, malgré leur éligibilité.
Une réforme qui divise
Si les partisans des règles de travail y voient un moyen de responsabiliser les bénéficiaires et de réduire les dépenses publiques, les détracteurs dénoncent une mesure punitive qui pourrait aggraver les inégalités d'accès aux soins. Les associations de santé et les défenseurs des droits sociaux appellent à une évaluation rigoureuse de l'impact de ces nouvelles exigences.