Le marché électrique américain le plus important, PJM Interconnection, relance l’évaluation de nouveaux projets de production d’énergie. Après une pause de deux ans, l’organisation a rouvert ses portes à des centaines de demandes, marquant un tournant dans sa stratégie énergétique.

En 2022, PJM avait stoppé l’examen des nouveaux projets en raison d’un goulot d’étranglement de 2 664 projets en attente d’études d’interconnexion, dont 1 972 (soit 107 gigawatts) étaient des énergies renouvelables. Quatre ans plus tard, le processus a été entièrement repensé pour éviter les retards excessifs, autrefois estimés à huit ans pour certains projets.

Une réforme urgente face à la demande croissante

Jon Gordon, directeur principal chez Advanced Energy United, souligne l’importance de cette réforme : « Ces quatre dernières années, PJM a travaillé sans relâche pour traiter l’arriéré des projets en attente. Le nouveau système est enfin opérationnel. »

La semaine dernière, PJM a annoncé avoir reçu 811 projets totalisant 220 gigawatts pour le premier cycle d’études d’interconnexion, un record. Cependant, la répartition des projets diffère des attentes initiales : si les installations solaires, de stockage et hybrides représentent plus de la moitié des demandes (536 projets), elles ne comptent que pour une minorité de la capacité totale. En effet, près de 106 gigawatts sur 220 proviennent du gaz naturel, un chiffre qui reflète les défis actuels du secteur des énergies renouvelables.

Les énergies renouvelables en difficulté

Les projets solaires et éoliens, autrefois en tête des priorités, peinent désormais à se développer. Malgré la baisse des coûts du solaire, l’inflation post-pandémie et la hausse des taux d’intérêt ont rendu ces projets moins rentables. La situation s’est aggravée avec les politiques restrictives en matière d’énergie propre aux États-Unis.

PJM a révélé qu’entre 2020 et 2024, seuls 23 gigawatts sur 103 des projets étudiés ont abouti à une mise en service effective. Plus de 75 % des projets ont été abandonnés avant même d’alimenter le réseau.

Une nouvelle approche pour éviter les retards

Pour remédier à ces dysfonctionnements, PJM a adopté un système de « premier prêt, premier servi », remplaçant l’ancien modèle « premier arrivé, premier servi ». Cette méthode vise à prioriser les projets les plus avancés et viables, réduisant ainsi les délais d’interconnexion à deux ans maximum.

Cette réforme arrive à point nommé. Le marché PJM, qui couvre 13 États et le district de Columbia, fait face à une demande explosive, notamment en raison de l’essor des centres de données et de la hausse des prix de l’électricité. Depuis 2020, les tarifs ont augmenté de près de 50 %, passant de 12,6 à 18,7 cents par kilowatt-heure. Les factures mensuelles des ménages ont suivi la même tendance, passant de 128 $ à 161 $ en moyenne.

PJM alerte sur un déficit potentiel de 50 à 60 gigawatts d’ici la prochaine décennie, alors que sa capacité actuelle s’élève à environ 180 gigawatts. Un gigawatt permet d’alimenter une ville de 800 000 habitants.

Jon Gordon conclut : « La transition énergétique est en marche, mais elle doit être réaliste. Le gaz naturel joue un rôle clé dans l’équilibre du réseau en attendant que les renouvelables soient pleinement opérationnels. »