Une étude récente publiée dans JAMA Network Open par des chercheurs de l’Université Tulane établit un lien préoccupant entre la syphilis et les maladies cardiovasculaires graves. Selon leurs conclusions, les adultes atteints de syphilis à un stade avancé présentent un risque accru d’AVC, d’infarctus du myocarde ou d’anévrisme de l’aorte par rapport à des patients non infectés.

Les données montrent que ce risque est particulièrement marqué lorsque l’infection n’est pas traitée pendant plus d’un an. Une réalité souvent sous-estimée, car la syphilis est généralement perçue comme une infection curable et rapidement oubliée après traitement antibiotique, parfois avec une simple injection de pénicilline.

« C’est l’une des rares grandes études modernes à démontrer que la syphilis peut entraîner des complications cardiovasculaires et neurologiques catastrophiques », déclare Eli Tsakiris, auteur principal et étudiant en médecine à l’Université Tulane. « Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité aux États-Unis. Face à la recrudescence de la syphilis, les professionnels de santé doivent être particulièrement vigilants. »

Une épidémie en progression aux États-Unis

La syphilis, infection sexuellement transmissible causée par la bactérie Treponema pallidum, connaît une hausse alarmante aux États-Unis. Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), les cas ont augmenté de 80 % entre 2018 et 2022.

Pour mener cette étude, les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux électroniques de trois hôpitaux de La Nouvelle-Orléans, couvrant une période de 15 ans (2011-2026). Ils ont comparé les données de 1 469 adultes atteints de syphilis à celles de 7 345 personnes non infectées, en excluant les patients déjà atteints de maladies cardiovasculaires avant le début de l’étude.

Des risques multipliés pour les patients infectés

Après ajustement des données, les résultats révèlent des risques significativement plus élevés chez les patients syphilitiques :

  • Risque doublé d’anévrisme ou de dissection de l’aorte ;
  • Risque accru de 53 % d’AVC ischémique ;
  • Risque accru de 92 % d’AVC hémorragique ;
  • Risque accru de 31 % d’infarctus du myocarde ;
  • Risque accru de 28 % de maladie artérielle périphérique.

Cette étude est la première aux États-Unis à établir un lien entre la syphilis et la maladie artérielle périphérique, une pathologie caractérisée par une réduction du flux sanguin en dehors du cœur, entraînant des crampes, des engourdissements et des plaies à cicatrisation lente.

Les chercheurs n’ont pas observé de différences significatives concernant l’insuffisance cardiaque, la fibrillation atriale ou d’autres complications.

Une association, pas une preuve de causalité

Bien que cette étude rétrospective établisse une association entre la syphilis et les maladies cardiovasculaires, elle ne prouve pas un lien de cause à effet. Amitabh C. Pandey, directeur de la recherche translationnelle en cardiologie à l’Université Tulane et auteur correspondant, souligne que ces travaux constituent une première étape pour comprendre comment des infections comme la syphilis pourraient contribuer aux risques cardiovasculaires, possiblement via des mécanismes inflammatoires ou des lésions vasculaires.

« Ces résultats soulignent l’importance d’un dépistage précoce et d’un suivi rigoureux des patients atteints de syphilis, même après traitement. Les complications cardiovasculaires pourraient survenir des années après l’infection initiale. »