Un incident troublant en 2021

Le 3 août 2021, John Randolph, avocat basé à Washington, a connu un épisode de trouble mental. Lors de cet incident, il s'est approché d'un enfant dans un parc public et a tenté de le convaincre de l'accompagner pour une sortie en bateau ou en parapente. Alertés par des témoins, les policiers sont intervenus. Randolph, désorienté, a tenu des propos incohérents, affirmant notamment être le père de l'enfant, une allégation démentie par les faits.

Selon Randolph, ces comportements étaient liés à un épisode maniaque caractéristique de son trouble bipolaire. L'affaire s'est conclue par une reconnaissance de culpabilité pour trouble à l'ordre public. Deux ans plus tard, l'incident a refait surface de manière spectaculaire.

Une vidéo virale et des accusations graves

En 2023, la chaîne Explore with Us (EWU) Media a publié une vidéo de 14 minutes sur YouTube et Facebook, compilant des extraits de caméras corporelles et de surveillance de l'incident de 2021. La vidéo était accompagnée d'une narration ajoutant des éléments non présents dans les images brutes. Parmi les affirmations les plus choquantes : Randolph « a un peu de saleté dans son dossier », cache « un passé tumultueux » et pourrait « rechuter à tout moment ».

Ces commentaires ont rapidement enflammé les réseaux sociaux. Des millions de vues et des milliers de commentaires ont suivi, certains accusant Randolph de pédophilie. L'avocat a reçu des centaines de messages de harcèlement, dont une menace de mort, l'obligeant à fermer son cabinet.

Un procès pour diffamation

Randolph a porté plainte contre EWU Media, invoquant la diffamation. Il conteste les affirmations selon lesquelles il aurait un passé de prédation sur mineurs, affirmant que ces propos ont causé un préjudice irréparable à sa réputation et à sa carrière. Les juges de la Cour d'appel de Washington doivent désormais trancher : les commentaires de la narration relèvent-ils de la liberté d'expression ou constituent-ils une diffamation punissable ?

La vidéo inclut notamment une séquence où un policier demande à Randolph s'il est attiré par les enfants. Après avoir d'abord nié, Randolph finit par répondre : « Oui, je suis attiré par les enfants. Les enfants sont de belles créatures de Dieu. » Cette déclaration, sortie de son contexte, a été utilisée pour alimenter les accusations les plus graves.

Les arguments des parties

Pour Randolph : La narration de la vidéo a délibérément déformé les faits pour créer une impression de dangerosité et de prédisposition à la pédophilie. Les propos tenus dans la vidéo, bien que réels, ont été manipulés pour servir un récit alarmiste. Randolph souligne que son trouble bipolaire ne fait pas de lui un pédophile et que les accusations portées contre lui sont infondées.

Pour EWU Media : La chaîne argue que ses commentaires relèvent de la liberté de la presse et du droit du public à l'information. Elle soutient que la narration visait à contextualiser l'incident et à informer sur le passé de Randolph, sans intention malveillante. Les avocats d'EWU Media estiment que les propos tenus dans la vidéo, bien que choquants, ne constituent pas une diffamation au sens juridique.

Un débat sur la frontière entre liberté d'expression et diffamation

La Cour d'appel de Washington doit déterminer si les commentaires de la narration, bien que basés sur des faits réels, ont dépassé les limites de la liberté d'expression. Les juges doivent évaluer si les propos tenus ont causé un préjudice distinct de celui résultant des images brutes. La décision pourrait avoir des répercussions majeures sur la manière dont les médias traitent les affaires judiciaires impliquant des troubles mentaux.

« Un jury raisonnable pourrait estimer que l'essentiel de la narration d'EWU Media laisse entendre que Randolph a un historique de prédation sur mineurs, une affirmation non étayée qu'il conteste formellement. »

— Extrait de l'arrêt de la Cour d'appel de Washington

Les conséquences pour Randolph

Victime de harcèlement en ligne et de menaces, Randolph a dû fermer son cabinet. Son cas illustre les dangers des interprétations hâtives et des accusations infondées sur les réseaux sociaux. Bien que son trouble bipolaire ne le rende pas dangereux, l'opinion publique a rapidement associé son comportement à des actes de pédophilie, en raison des commentaires ajoutés à la vidéo.

Cette affaire soulève des questions essentielles sur la responsabilité des médias dans la diffusion d'informations et sur la protection des individus contre les préjugés liés aux troubles mentaux.

Source : Reason