Des saumons dopés à la cocaïne : une première étude en milieu naturel
Des saumons atlantiques exposés à la cocaïne ou à son métabolite principal, la benzoylecgonine, nagent plus loin et adoptent des comportements différents de ceux des poissons non exposés. C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue Current Biology, la première à observer les effets de la cocaïne sur des poissons en milieu naturel plutôt qu’en laboratoire.
Une pollution aux drogues qui s’étend dans les écosystèmes
De nombreuses substances légales et illégales, consommées par l’homme, se retrouvent dans les eaux usées avant d’être rejetées dans les rivières et les lacs. Avec l’augmentation de la consommation de cocaïne dans le monde, des traces de cette drogue, dont la benzoylecgonine, contaminent désormais les milieux aquatiques. Les poissons, comme le saumon atlantique, absorbent ces substances, ce qui pourrait perturber leur comportement et leur survie.
Les recherches antérieures, menées en laboratoire, avaient déjà établi un lien entre l’exposition à la cocaïne et des changements de comportement chez certaines espèces aquatiques. Cependant, aucune étude n’avait encore exploré cet impact en milieu naturel.
Une expérience inédite sur des saumons en liberté
Pour combler cette lacune, une équipe de scientifiques, dirigée par Michael Bertram, professeur associé à l’Université suédoise des sciences agricoles, a mené une expérience sur plus de 100 saumons atlantiques juvéniles, appelés smolts. Ces poissons ont été divisés en trois groupes :
- Un groupe exposé à la cocaïne via un implant à libération lente,
- Un groupe exposé à la benzoylecgonine, le principal métabolite de la cocaïne,
- Un groupe témoin, sans exposition à ces substances.
Tous les poissons ont été équipés de balises de suivi avant d’être relâchés dans le lac Vättern, en Suède, en avril 2022. Pendant deux mois, les chercheurs ont observé leurs déplacements.
Des résultats surprenants : plus de mouvement et une réaction inattendue
Les résultats ont été marquants : les poissons exposés, en particulier ceux ayant reçu de la benzoylecgonine, ont nagé jusqu’à 1,9 fois plus loin par semaine que le groupe témoin. Une découverte qui a surpris les chercheurs, qui s’attendaient à des changements, mais pas à une telle ampleur.
« Nous nous attendions à un effet de la contamination sur le mouvement des saumons, mais l’ampleur des changements observés nous a surpris. La réponse la plus forte était une augmentation presque deux fois supérieure du mouvement, et le résultat le plus inattendu était que la benzoylecgonine, le principal métabolite de la cocaïne, produisait l’effet le plus clair, et non la cocaïne elle-même. »
Des conséquences écologiques préoccupantes
Cette étude met en lumière les risques écologiques liés à la pollution aux drogues. Les saumons atlantiques, espèce à la fois écologique et économique majeure, pourraient voir leur survie menacée par ces perturbations comportementales. Les chercheurs soulignent l’urgence d’approfondir les recherches sur les effets des contaminants dans les écosystèmes naturels.
« Presque tout ce que nous savions sur les impacts de la pollution à la cocaïne sur le comportement animal reposait sur des données recueillies en laboratoire. Nous voulions savoir si une exposition réaliste à la cocaïne et à son métabolite, dans des conditions écologiques réelles, modifiait réellement le comportement des poissons dans la nature », explique Michael Bertram.