Lors d'un discours prononcé le 8 mai, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), Paul Atkins, a indiqué que l'agence pourrait envisager un « parcours d'innovation » limité pour les systèmes de trading on-chain dans un avenir proche. Cette proposition s'inscrit dans un contexte où la SEC réserve actuellement les procédures formelles de consultation publique pour déterminer comment les plateformes crypto s'intègrent dans la définition d'une bourse.
Atkins a directement lié cette idée à la manière dont la SEC avait géré l'émergence du trading électronique dans les années 1990. À l'époque, l'agence avait passé des années à publier des lettres de non-action au cas par cas, avant de créer en 1998 le Regulation ATS, un cadre réglementaire permettant aux systèmes de trading alternatifs de fonctionner en tant que courtiers-négociants sous certaines conditions. Ce règlement visait à encourager l'innovation tout en préservant la protection des investisseurs.
Atkins propose d'appliquer une approche similaire au secteur crypto : une phase initiale de guidance ciblée, suivie d'une architecture réglementaire adaptée. Cette méthode contraste avec les discours génériques sur la politique crypto et suggère que la SEC pourrait autoriser certains systèmes de trading on-chain à opérer dans un cadre réglementaire défini, le temps qu'une réglementation plus large ne soit finalisée.
Une nouvelle architecture pour les marchés on-chain
Les règles traditionnelles de la SEC reposent sur une séparation claire des rôles : les bourses assurent la correspondance des ordres, les courtiers-négociants exécutent les transactions, les chambres de compensation effectuent le règlement, et les agents de transfert enregistrent la propriété. Or, un protocole on-chain peut accomplir ces quatre fonctions de manière automatisée, souvent en quelques secondes, sans intermédiaire distinct à chaque étape.
Cette convergence des fonctions crée une incertitude juridique, que la SEC reconnaît. Appliquer un cadre réglementaire conçu pour une séparation des rôles à des logiciels qui les fusionnent nécessite une refonte plus profonde que de simples déclarations d'applicabilité des règles existantes. Atkins a souligné que certaines activités on-chain, bien qu'elles ressemblent à des fonctions de bourse, peuvent aussi s'apparenter à celles d'un courtier-négociant ou d'une chambre de compensation, voire combiner plusieurs de ces rôles simultanément.
Un parcours d'innovation en deux étapes
Pour répondre à ce défi, la SEC pourrait mettre en place un « parcours d'innovation » en deux temps :
- Accès conditionnel à court terme : via des lettres de non-action conditionnelles, des programmes pilotes, ou des cadres d'enregistrement adaptés.
- Règlementation formelle à long terme : pour établir un cadre définitif et pérenne, une fois les définitions des acteurs du marché (bourses, courtiers-négociants, chambres de compensation, agents de transfert) clarifiées.
Cette approche permettrait aux acteurs du secteur crypto d'opérer temporairement dans un cadre réglementaire clair, tout en laissant le temps à la SEC de finaliser des règles adaptées aux spécificités des marchés on-chain.
Des outils temporaires déjà en place
La SEC a déjà commencé à utiliser des outils temporaires dans ce domaine. Par exemple, le 13 avril, la Division du Trading et des Marchés a publié une lettre de non-action conditionnelle pour une plateforme de trading on-chain, marquant une première étape vers une régulation plus structurée.
Cette évolution réglementaire, si elle se concrétise, représenterait un changement significatif pour les entreprises crypto, qui ont souvent été confrontées à des actions coercitives en l'absence de règles claires. Elle s'inscrit dans une volonté de la SEC de trouver un équilibre entre innovation et protection des investisseurs, tout en s'appuyant sur des précédents historiques pour guider ses décisions.