Une plainte déposée mardi devant le tribunal fédéral du district central de Californie vise le réalisateur James Cameron, The Walt Disney Company et plusieurs studios associés, dont Lightstorm Entertainment, 20th Century Studios, Industrial Light & Magic et Weta Digital. L’actrice autochtone Q’orianka Kilcher les accuse d’avoir utilisé sans son consentement ses traits faciaux pour concevoir le personnage de Neytiri dans la saga *Avatar*.

Une image extraite d’une photo de 1999

Selon le document obtenu par TheWrap, Kilcher affirme que Cameron s’est inspiré d’une photographie d’elle publiée dans le Los Angeles Times en 1999, alors qu’elle avait 14 ans. À l’époque, elle incarnait Pocahontas dans le film *The New World* de Terrence Malick. Son image aurait ensuite été intégrée aux premières esquisses du personnage de Neytiri, puis reproduite dans des sculptures, des modèles numériques et des visuels distribués au sein des départements artistiques et des pipelines d’effets spéciaux.

« La plaignante n’a jamais consenti à l’utilisation de son image par les défendeurs, que ce soit dans *Avatar* ou dans tout produit ou promotion associé », précise la plainte. Les œuvres dérivées, incluant les films, les affiches, les campagnes marketing, les suites et les marchandises, auraient ainsi bénéficié de son apparence sans autorisation.

Des accusations de vol et de violation de la vie privée

Dans un communiqué accompagnant la plainte, l’avocat d’Arnold P. Peter résume l’affaire en ces termes : « Ce qu’a fait Cameron, ce n’est pas de l’inspiration, c’est de l’extraction. Il a pris les traits uniques d’un visage d’adolescente autochtone, les a intégrés dans un processus industriel de production, et en a tiré des milliards de dollars de profits sans jamais lui demander la permission. Ce n’est pas du cinéma. C’est du vol. »

Kilcher et Cameron se seraient croisés brièvement lors d’un événement caritatif en 2010, après la sortie du premier *Avatar*. Selon la plainte, le réalisateur lui aurait ensuite offert un croquis encadré de Neytiri, accompagné d’une note manuscrite : « Ta beauté a été mon inspiration initiale pour Neytiri. Dommage que tu tournes un autre film. La prochaine fois. »

« Quand j’ai reçu ce croquis, j’ai cru à un geste personnel, voire à une inspiration vague liée au casting ou à mon activisme », déclare Kilcher dans un communiqué. « Des millions de personnes ont été touchées par *Avatar* parce qu’elles y ont cru. J’en faisais partie. Je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un en qui j’avais confiance utiliserait systématiquement mon visage dans un processus de conception élaboré, sans mon accord ni ma connaissance. Cela dépasse les limites. C’est profondément injuste. »

La révélation d’une utilisation non autorisée

Kilcher affirme n’avoir découvert l’utilisation présumée de son image qu’en 2023, après la diffusion en ligne d’une interview vidéo de Cameron. Dans celle-ci, le réalisateur évoque la conception de Neytiri : « La source réelle de cette inspiration était une photo du Los Angeles Times, celle d’une jeune actrice nommée Q’orianka Kilcher. C’est en fait elle… son visage du bas. Elle avait un visage très intéressant. »

Violations alléguées de la loi californienne sur les deepfakes

La plainte inclut également des accusations de violation de la loi californienne récente sur les deepfakes, ainsi que des chefs d’accusation pour appropriation illégale d’image, atteinte à la vie privée, diffamation, négligence et interférence avec un avantage économique. Les avocats de Kilcher estiment que l’utilisation de son image a généré des profits considérables pour les studios, sans qu’elle n’en retire aucun bénéfice.

Cette affaire soulève des questions sur les droits à l’image des acteurs et actrices, en particulier dans le contexte des productions cinématographiques à gros budget où les processus de création peuvent impliquer des centaines de collaborateurs. Kilcher, qui milite depuis des années pour les droits des peuples autochtones, voit dans cette affaire une atteinte supplémentaire à sa dignité et à son héritage culturel.

Réactions et suites judiciaires

À ce stade, ni James Cameron ni les studios concernés n’ont réagi publiquement à la plainte. Les avocats de Kilcher ont indiqué qu’ils attendaient une réponse formelle des défendeurs avant d’engager d’éventuelles négociations ou de poursuivre les procédures judiciaires. La procédure pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire années, en fonction des arguments présentés par les deux parties.

Source : The Wrap