Une réglementation en préparation au sein de l’administration Trump menace de pénaliser les jeunes adultes handicapés qui vivent chez leurs parents, comme Shy’tyra Burton, 22 ans. Selon quatre responsables fédéraux et des documents internes, cette mesure s’inscrit dans un projet de modification des règles d’attribution du Revenu de solidarité aux personnes handicapées (SSI), une aide fédérale destinée aux Américains les plus vulnérables.
Shy’tyra Burton, née deux mois avant terme dans une famille modeste de Philadelphie, souffre de multiples handicaps intellectuels et développementaux. Son quotient intellectuel est inférieur à 70. Après des années de soins intensifs, elle a intégré un programme spécialisé au lycée, puis tenté des études supérieures, sans succès. Incapable d’occuper un emploi stable, elle dépend aujourd’hui du SSI, une allocation mensuelle de 994 dollars qui lui est vitale, mais insuffisante pour vivre seule. Elle partage donc le logement de son père, employé municipal à Philadelphie, dont les revenus mensuels s’élèvent à environ 2 000 dollars.
L’administration Trump propose désormais de déduire la valeur de la chambre occupée par Burton de son allocation SSI, même si sa famille est éligible aux bons alimentaires (SNAP). Cette mesure pourrait réduire de jusqu’à un tiers les aides de certains bénéficiaires les plus pauvres, soit une perte de 330 dollars par mois pour Burton. Dans les cas les plus extrêmes, l’allocation pourrait être supprimée.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à restreindre les programmes d’aide aux personnes handicapées, malgré des critères d’éligibilité stricts et un taux de fraude quasi inexistant. Elle a été lancée par des hauts responsables de la Maison-Blanche et du Département de l’efficacité gouvernementale en 2023, selon plusieurs agents de la Sécurité sociale.
Cette proposition rappelle une précédente tentative de l’administration Trump, abandonnée en 2022 après des révélations de la presse. Un projet de réduction des allocations pour inaptitude au travail avait alors été critiqué pour ses conséquences sur des centaines de milliers de travailleurs modestes, principalement dans les États républicains. « Les programmes de handicap sont gérés par l’Administration de la Sécurité sociale, mais distincts des retraites, que l’administration s’est engagée à ne pas toucher », précise un expert.
Si cette nouvelle réglementation est adoptée, elle affectera non seulement les jeunes adultes handicapés comme Burton, atteints de trisomie 21 ou d’autisme sévère, mais aussi les personnes âgées en situation de précarité vivant chez leurs proches. Une décision qui pourrait aggraver la précarité des ménages les plus vulnérables.