Dans l’univers des arnaques high-tech, certaines escroqueries marquent l’histoire par leur audace. Le Quadro Tracker, ou Positive Molecular Locator, en fait partie. Ce détecteur censé repérer drogues, armes, explosifs et même des animaux sauvages a séduit polices et écoles américaines dans les années 1990, avant de révéler son vrai visage : une boîte en plastique vide.

Une invention aux prétentions démesurées

Wade L. Quattlebaum, son inventeur, promettait un appareil capable de détecter une multitude d’objets et substances. Selon les versions, le Quadro Tracker pouvait localiser :

  • Drogues et alcool
  • Armes et explosifs
  • Personnes spécifiques
  • Métaux précieux
  • Animaux sauvages ou animaux de compagnie décédés
  • Même des balles de golf perdues

Le principe ? Une « carte de localisation » contenant la « signature » de l’élément à détecter. Les modèles avancés permettaient même d’insérer une photo Polaroid de la cible. Pourtant, malgré ces promesses, le fonctionnement du dispositif restait aussi mystérieux que ses résultats.

Un succès commercial malgré l’absence totale de technologie

Malgré son manque total de crédibilité scientifique, le Quadro Tracker s’est vendu à près de 1 000 exemplaires. Principalement des services de police et des établissements scolaires ont cru en son efficacité, déboursant entre 400 et 8 000 dollars par unité.

Parmi les acheteurs figuraient des départements de police du Texas et de Floride, ainsi que plusieurs districts scolaires du Kansas, qui ont payé 955 dollars par appareil. Pourtant, dès 1993, l’agent du FBI Ron Kelly a démonté la supercherie. Après avoir passé le détecteur aux rayons X, il a découvert qu’il s’agissait d’une simple boîte en plastique vide, contenant seulement quelques fils non connectés et une antenne récupérée sur un poste radio.

« Il n’a pas fallu beaucoup d’efforts pour déterminer qu’il s’agissait d’une arnaque. »
— Ron Kelly, agent du FBI

Des résultats aussi aléatoires que l’appareil lui-même

Les utilisateurs du Quadro Tracker ont rapporté des succès... et des échecs. Un commandant d’une unité de narcotiques au Texas a résumé les performances du dispositif par un sobre « résultats mitigés ». Selon lui, le taux de réussite était d’environ 50 %. Une performance comparable à celle des services de police texans sur les crimes violents, qui affichent un taux d’élucidation de moins de 40 %.

Quant aux écoles, elles n’ont pas échappé à la supercherie. Plusieurs districts scolaires du Kansas ont investi dans ces appareils, gaspillant ainsi des fonds publics dans un dispositif sans aucune valeur.

Une arnaque qui rappelle les dérives du passé

Le Quadro Tracker s’inscrit dans une longue lignée d’escroqueries technologiques ayant profité de la crédulité des institutions. Comme les crypto-monnaies, les NFT ou les paris sportifs, ce détecteur a su exploiter un mélange de méconnaissance et d’espoir en une technologie miracle.

Ironiquement, l’agent Ron Kelly et le FBI ont joué un rôle clé dans l’exposition de cette fraude. Une rareté dans l’histoire des arnaques, où les autorités sont souvent pointées du doigt pour leur inaction.

Le Quadro Tracker reste aujourd’hui un exemple frappant de la façon dont des institutions publiques peuvent être trompées par des dispositifs présentés comme révolutionnaires, mais dépourvus de toute base scientifique.

Source : AV Club