En Géorgie, le long des rives des rivières Coosa, Chattahoochee et Ocmulgee, s’alignent d’immenses bassins remplis de cendres de charbon, un déchet toxique issu de la combustion du charbon. Ces lagunes, souvent non étanches, contiennent des millions de tonnes de résidus polluants. Sous l’effet des pluies et de l’érosion, des métaux lourds comme l’arsenic et le mercure s’infiltrent dans les sols et les nappes phréatiques, menaçant les écosystèmes et les populations locales.

En 2015, l’administration Obama avait imposé des règles strictes aux centrales électriques, exigeant la fermeture ou l’assainissement des bassins de cendres et la mise en place de systèmes de surveillance. L’Agence de protection de l’environnement (EPA) était alors chargée de superviser ces sites. Les États pouvaient également reprendre ce rôle réglementaire, à condition de respecter les normes fédérales minimales. La Géorgie a été l’un des premiers États à obtenir cette délégation en 2019.

Cependant, dès sa première décision officielle, le Georgia Environmental Protection Division a autorisé le maintien partiel de cendres de charbon sous le niveau de la nappe phréatique dans une centrale de Georgia Power. Malgré les protestations des associations locales et une réprimande de l’EPA, l’État a maintenu son autorité réglementaire. Depuis, une vingtaine de permis similaires ont été accordés pour des bassins de cendres dans une dizaine de centrales à charbon de l’État.

L’administration Trump envisage désormais d’étendre ce transfert de compétences à davantage d’États et de réduire les protections fédérales. Cinq États disposent déjà de programmes approuvés pour la gestion des cendres de charbon : la Géorgie, l’Oklahoma, le Texas, le Dakota du Nord et le Wyoming. L’Oklahoma et la Géorgie ont obtenu cette délégation sous Trump, le Texas sous Biden, tandis que le Dakota du Nord et le Wyoming ont été ajoutés cette année. La Virginie est également en cours d’approbation pour un programme similaire.

« Les agences étatiques chargées de délivrer les permis ne respectent pas toujours les normes avec rigueur », dénonce Nick Torrey, avocat senior au Southern Environmental Law Center. « Elles manquent souvent de moyens financiers et humains, tandis que les compagnies d’électricité, souvent les acteurs les plus influents dans ces États, dictent souvent les décisions. »

Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration actuelle visant à transférer la régulation environnementale aux États. En 2019, l’EPA avait déjà confié la gestion des zones humides en Floride aux autorités locales, une première en 25 ans. En janvier, l’agence a entamé le processus d’acceptation des « plans du bon voisinage » de huit États, rejetés par l’administration Biden pour leur incapacité à prévenir la pollution transfrontalière par l’ozone. Ces derniers mois, l’EPA a également élargi l’autorité des États sur le stockage souterrain du carbone, accordant à la Virginie-Occidentale, à l’Arizona et au Texas le contrôle des puits d’injection de CO₂.

Selon les données de l’EPA, plus de 670 bassins de cendres de charbon sont recensés aux États-Unis. Leur taille varie de quelques hectares à plus de mille. Au fil des années, de nombreuses fuites ont été documentées, libérant des substances toxiques dans l’environnement.

Source : Grist