L’histoire américaine regorge de conseils financiers qui ont tantôt fonctionné, tantôt échoué. Dans son nouvel ouvrage, How to Get Rich in American History: 300 Years of Financial Advice That Worked (& Didn’t), l’historien Joseph Moore décrypte ces stratégies à travers trois siècles de pratiques économiques. Après plus de dix ans de recherches, il démontre que les règles pour s’enrichir ne sont jamais figées et que la clé du succès réside dans l’adaptabilité.
Ancien contributeur pour The New York Times et Oxford University Press, Moore rappelle une vérité fondamentale : il n’existe pas de méthode universelle pour bâtir une fortune. Chaque époque impose ses propres défis et opportunités. Plutôt que de chercher une recette miracle, il conseille de diversifier ses approches et de rester pragmatique face aux promesses trop alléchantes.
Cinq leçons historiques sur la richesse
1. Aujourd’hui est l’époque la plus favorable pour s’enrichir
Contrairement aux idées reçues, les États-Unis offrent aujourd’hui des conditions plus favorables que jamais pour sortir de la pauvreté. Moore rappelle que, malgré les discours pessimistes, 60 % des enfants nés dans les familles les plus modestes parviennent à s’élever socialement, dont 40 % atteignent la classe moyenne ou supérieure. Seuls 10 % atteignent le sommet de l’échelle sociale.
À l’inverse, 64 % des héritiers de la classe aisée perdent leur statut privilégié, et 90 % des petits-enfants des 1 % les plus riches ne conservent pas cette position. Ces chiffres prouvent que la mobilité sociale, bien que perfectible, reste bien plus accessible qu’on ne le croit.
2. Les générations passées avaient des opportunités radicalement différentes
Pour illustrer cette évolution, Moore remonte le temps. En 1676, des colons de Virginie incendient la capitale de la colonie, convaincus que les classes populaires n’avaient plus aucune chance de progresser. Au XIXe siècle, des discours affirmaient que « les barreaux de l’échelle du succès étaient sciés ». Dans les années 1980, on prédisait que les baby-boomers ne pourraient jamais prendre leur retraite. Pourtant, aujourd’hui, la génération des baby-boomers est la plus riche de l’histoire américaine.
Moore souligne un paradoxe : les générations privilégiées ont souvent bénéficié de conditions exceptionnelles, mais en tirent des conclusions erronées. Par exemple, travailler 40 ans dans le même emploi en épargnant 10 % de son salaire en actions n’aurait suffi à financer la retraite que dans moins de la moitié des scénarios historiques. Les baby-boomers, habitués à cette stabilité, oublient que leurs méthodes ne s’appliquent pas à toutes les époques.
3. La pauvreté était bien plus brutale autrefois
Les conditions de vie au XVIIIe siècle étaient radicalement différentes. En cas de faillite, l’ensemble de la famille – épouse et enfants – pouvait être emprisonné. Une réalité que la comédie musicale Hamilton a omis de mentionner. Au XIXe siècle, un Américain moyen ne possédait qu’une chemise et demie. Pour s’offrir la seconde moitié, il fallait travailler en moyenne 60 heures par semaine.
Les protections sociales étaient quasi inexistantes : pas d’assurance pour protéger sa maison, son conjoint ou ses revenus. Même dans les années 1970, lorsque Moore est né, le revenu médian était 30 % inférieur à celui d’aujourd’hui. Aujourd’hui, nous bénéficions d’un meilleur pouvoir d’achat, de moins d’heures de travail et d’un niveau de risque bien inférieur.
4. La mobilité géographique était autrefois un luxe
Au XIXe siècle, un tiers des Américains changeaient de résidence chaque décennie. Un mouvement qui reflétait à la fois les opportunités économiques et les contraintes de l’époque. Aujourd’hui, cette mobilité a diminué, mais elle reste un levier puissant pour améliorer sa situation financière.
Moore explique que, contrairement aux idées reçues, le travail acharné seul ne suffisait pas à garantir la réussite. Il fallait souvent combiner plusieurs stratégies : investir dans des terres, monter une entreprise ou saisir des opportunités commerciales rares. La flexibilité et la capacité à s’adapter aux changements économiques étaient des atouts majeurs.
5. Les crises économiques ont façonné les stratégies de richesse
Chaque grande crise – qu’il s’agisse de la Grande Dépression, des chocs pétroliers ou de la crise financière de 2008 – a redéfini les règles du jeu. Moore note que les périodes de turbulence ont souvent été suivies de phases de croissance exceptionnelle pour ceux qui savaient saisir les bonnes opportunités.
Il cite l’exemple des entrepreneurs qui ont profité des innovations technologiques pour bâtir des empires, ou encore des investisseurs ayant su anticiper les retournements de marché. La clé ? Ne pas craindre l’instabilité, mais apprendre à la transformer en avantage.
Ce que l’histoire nous enseigne pour aujourd’hui
À travers ces exemples, Moore tire plusieurs enseignements pour les générations actuelles :
- Ne pas idéaliser le passé : Les méthodes qui ont fonctionné pour une génération ne sont pas forcément adaptées à la suivante.
- Rester flexible : Les opportunités économiques évoluent rapidement. Savoir s’adapter est essentiel.
- Diversifier ses stratégies : Compter sur un seul revenu ou une seule méthode d’investissement est risqué. Explorer plusieurs pistes augmente les chances de succès.
- Anticiper les crises : Les périodes de turbulence offrent des opportunités uniques pour ceux qui savent les repérer.
- Ne pas se laisser abuser par les promesses miracles : Aucun système ne garantit la richesse. La prudence et la rigueur restent de mise.
« L’histoire ne donne pas de recettes toutes faites pour s’enrichir, mais elle nous rappelle que la réussite financière dépend avant tout de notre capacité à nous adapter et à innover. »
Pour approfondir ces idées, Moore propose d’écouter la version audio de son livre, lue par lui-même, via l’application Next Big Idea, ou de se procurer l’ouvrage en version papier ou numérique.