Les partisans d'une ligne dure en politique étrangère, les « faucons de guerre », placent la « crédibilité » au cœur de leur doctrine. Lors de son audition de confirmation l'an dernier, le secrétaire d'État Marco Rubio a résumé cette vision par la formule : « la paix par la force, en restaurant la crédibilité de la dissuasion américaine ».

Cette rhétorique a trouvé un écho dans les déclarations de l'administration Trump. En 2019, après l'envoi de forces spéciales pour tenter de capturer le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro, le vice-président J.D. Vance avait affirmé : « Maduro est le dernier en date à découvrir que le président Trump dit ce qu'il pense. » Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a tenu des propos similaires le mois dernier concernant l'Iran : « Téhéran apprend à ses dépens que le président Trump dit ce qu'il pense. »

L'ironie est frappante : ces déclarations émanent d'un président dont les propos sont souvent déconnectés des actes. Entre ses interventions au Venezuela et en Iran, Trump a menacé le Danemark de s'emparer du Groenland « facilement ou difficilement ». Pourtant, dès le lendemain de ces déclarations, il a accepté un « cadre d'accord » pour étendre l'accès militaire américain à l'île. L'épisode a été rapidement oublié, tout comme ses menaces répétées de taxer les importations mondiales. Dans l'actuelle crise au Moyen-Orient, il a à plusieurs reprises fixé et repoussé des échéances pour contraindre l'Iran à ouvrir le détroit d'Ormuz.

Cette stratégie n'est pas le fruit du hasard. Dans son livre L'Art de la négociation, publié en 1987, Trump expliquait : « Parfois, il est payant d'être un peu imprévisible. » Il y décrit une tactique consistant à semer la peur pour inciter l'adversaire à proposer des concessions. Pourtant, cette approche est l'exact opposé de la construction d'une crédibilité : elle repose sur un décalage entre les déclarations et les intentions réelles.

Un argument souvent avancé pour défendre Trump, popularisé par la journaliste conservatrice Salena Zito, consiste à dire qu'il faut le prendre « au sérieux, mais pas au pied de la lettre ». Si tel est le cas, pourquoi invoquer la « crédibilité » comme un principe sacré ?

Un problème récurrent dans la politique américaine

Cette contradiction n'est pas propre à Trump. Dans les années 1970, le président Richard Nixon et son conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, faisaient de la « crédibilité » américaine une obsession. Pourtant, ils croyaient aussi à la « théorie du fou » : l'idée qu'afficher un comportement irrationnel et imprévisible pouvait intimider les adversaires. Cette dualité illustre une logique récurrente chez les faucons : la crédibilité n'est pas perçue comme une réputation de parole tenue et de promesses respectées, mais comme un code pour désigner la fermeté, voire l'entêtement, même au prix de la crédibilité.

L'histoire de Nixon et Kissinger montre aussi les limites de cette stratégie. Conscients que la guerre du Vietnam était ingagnable, ils craignaient qu'un retrait précipité ne « nuise à la crédibilité » des États-Unis, donnant l'impression d'une faiblesse. Kissinger a alors opté pour une solution : « faire traîner le processus » de la défaite. Pendant ce temps, Nixon alternait entre ouvertures diplomatiques et menaces d'annihilation nucléaire, tout en intensifiant les bombardements sur le Nord-Vietnam et en envahissant secrètement le Cambodge. Ces escalades ont coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes, sans jamais restaurer la crédibilité tant recherchée.

Cette quête obsessionnelle de crédibilité, souvent confondue avec la fermeté, révèle une faille fondamentale : elle privilégie l'apparence de la force à la cohérence des actions. Résultat ? Une Amérique perçue comme imprévisible, voire peu fiable, par ses alliés comme par ses adversaires.

Source : Reason